Carrières de La Couronne et de Moulidars

mercredi 11 août 2010 par Pierre-André CHARLET (Administrateur)

24°C, le printemps s’installe enfin ce dimanche après-midi et c’est une vingtaine de participants qui ont rendez-vous au local de Charente Nature. Après avoir pris connaissance de l’itinéraire de la sortie qui doit nous mener vers La Couronne et Moulidars nous partons…..à la pèche aux huîtres… Arrivés à La Pinotière, la « mer » est calme. Nous descendons par la falaise (artificielle) vers les bords de l’eau (douce) et là quelques jeunes pêcheurs sont heureux de nous montrer les coquilles qu’ils ont ramassés tout en surveillant leurs bouchons. Nous cheminons maintenant sur un sentier improvisé sur le fond de la carrière dite de La Pinotière gérée par les Cimenteries Lafarge et dont une grande partie est remplie d’eau (douce) : le fond étant légèrement incliné en fonction du pendage des couches de roches sédimentaires qui s’étendent dans le sous-sol charentais.

Exploitées jusqu’à une période récente, les cimenteries prélevaient une couche de sédiment appelée « argiles tégulines » qui sont des marnes grises (mélange d’argile et de calcaire que l’on reconnaît par l’effervescence à l’acide) constituant l’essentiel de la matière première pour la fabrication du ciment. C’est dans les affleurements (là ou apparaît le sous-sol ) que nous ramassons les huîtres ou plus exactement leurs empreintes : les fossiles.

Huîtres fossiles-M.CHEVALEIAS-Charente Nature

Un charentais sait reconnaître une huître même si elle date d’environ 95 millions d’années ! Les huîtres du Cénomanien (Ere secondaire, crétacé supérieur), lointaines cousines de nos Ostrea gigas (huîtres japonaises actuelles) sont des Rastellum columba avec une valve gauche assez creuse que nous avons trouvé dans l’argile (unité D) mais aussi dans la couche de sable (unité E) plus récente qui se trouve au-dessus. Nous trouvons aussi des Cerastostron (ou Exogyra) flabellatum dont la coquille est fortement arquée et qui porte fortes côtes et quelques rares Rastellum(Alestryona) carinatum avec une coquille étroite et très allongée. Ces huîtres sont disparues aujourd’hui.

D’autres espèces vivaient avec ces huîtres car nous avons ramassé aussi une espèce de brachiopode caractérisé par un petit trou au niveau du crochet, : Terebratula phaseolina, gros comme une graine de haricot,. Cette espèce longtemps considérée comme fossile a été retrouvée dans les profondeurs des mers au large des Philippines.

Plus loin , plus au nord dans la carrière nous ramassons des moules internes, d’étranges fossiles, cloisonnés ou arqués en calcaire quelquefois entourés d’une coquille épaisse provenant d’une couche plus récente(unité F) ce sont des Rudistes principalement Ichthyosarcolites. Ces fossiles sont caractéristiques d’un milieu récifal dans un climat plutôt chaud. Quelques Nerinea, Gastropodes marins ont aussi été trouvés dans ces calcaires.

Nous repartons avec nos « trésors » et quittons ces mers chaudes, ces sables , ce lagon du cénomanien ou devait régner un climat paradisiaque ;les fossiles tels des machines à remonter le temps nous ont fait rêver le temps de s’apercevoir que l’eau de la carrière était…. douce.

La route sinueuse de la vallée de la Charente traverse les charmants villages de Champmillon et Vibrac et nous nous arrêtons en bas de Moulidars. Dès la descente de voiture nous découvrons dans le chemin qui mène à la carrière des Clavauds des cailloux blancs comme du sucre, tendre, c’est du gypse saccharoïde,. Arrivés dans la carrière nous apercevons des affleurements formés d’une alternance de roches noires : des marnes noires et de gypse en bancs plus ou moins épais. Certaines couches sont formées de gypse saccharoïde (aspect de sucre appelé autrefois « l’albâtre des carriers ») d’autres de gypse fibreux en plaque. Le gypse était extrait et transformé en plâtre très utilisé dans le bâtiment. Aujourd’hui encore on extrait du gypse à Cherves. Ces roches sédimentaires sont formées d’un sel : le sulfate de calcium hydraté. Nous savons aussi en Charente comment se forment les sels naturels pour avoir visités le temps d’une ballade estivale un marais salant. Si nous appliquons le principe de l’actualisme (les causes actuelles produiraient les mêmes effets dans le passé) nous pouvons laisser aller notre imagination et rêver encore (le soleil printanier de cet après-midi nous encourage) à un paysage lagunaire à climat chaud ou la mer se répand sur la région, s’évapore puis revient laissant des couches de sels ou des couches de marnes suivant les conditions du moment. Si l’humanité n’existait pas encore à cette époque dite du Tithonien (ère secondaire, fin du jurassique) vieille de 135 millions d’années, d’autres veinard occupaient cette lagune en voie d’assèchement des dinosaures, des crocodiles, des requins, des petits mammifères et même des « poules avec des dents » …. Non je ne délire pas ce sont les chercheurs du CNRS qui l’affirment au vu des fossiles retrouvés, et en cours d’étude, dans les marnes noires.

Gypse-M.CHEVALERIAS-Charente Nature

Alerté par nos éclats de voix, un lièvre gîté sur le rebord de la carrière bondit, ignorant nos découvertes sur notre passé (et le sien), sur la riche histoire géologique de la Charente. Lagunes en voie d’assèchement à la fin du jurassique puis terre émergée pendant 40 millions d’années et de nouveau transgression marine au début du crétacé et émersion définitive vers moins 65 millions d’années quand disparaissent les dinosaures et autres rudistes. D’ailleurs nos voitures sont toujours au sec et nous pouvons repartir sans oublier de refermer les portes du temps que d’autres carrières pourraient nous ouvrir.

Pierre-André CHARLET - Administrateur de Charente Nature, Responsable de la section "Géologie"


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