Exposition universelle de Milan - "Nourrir la planète-Energie pour la vie"

mardi 1er décembre 2015 par Anne-Marie DELALEX (Administratrice)

Du 1er mai au 31 octobre 2015, s’est déroulée cette exposition universelle ; Comment ne pas faire écho d’une exposition qui a attiré près de 22 millions de visiteurs !

Mascotte de l'expo est inspirée d'Archiboldo, célèbre artiste italien di XVIème siècle

Si ces visiteurs sont majoritairement européens, cela fait plus d’un européen sur vingt qui aura été éveillé aux défis du sujet : préservation des ressources de la planète, mobilisation pour la sécurité alimentaire, respect de la diversité des modes alimentaires… J’ai fait le choix de « m’immerger » deux jours dans l’aventure, au mois d’août…

Cette exposition fut organisée à Milan par le Bureau International des Expositions (BIE). Rappelons que Milan est la capitale de la Lombardie, région située au centre-nord de l’Italie. C’est la seconde ville, pour la population, après Rome (agglomération de trois millions d’habitants). C’est une ville exemplaire pour la collecte sélective des déchets biodégradables des ménages, mise en place sur son territoire de 40 communes, depuis plus dix ans !

Une scénographie réussie

Les pavillons (plus de 150) s’échelonnent le long de deux voies transversales : le decumanus (Est-Ouest) et le cardo (N-S), en référence à l’ancien tracé de Rome ou des villes gallo-romaines comme Saintes (Charente maritime). L’ensemble, entouré d’un canal de six km, procure détente au bord de pièces d’eau. La diversité des pavillons a offert aux visiteurs un tour du monde de l’architecture moderne.

Choix de la présence française

La France a organisé des débats tous les mercredis, en présence d’experts, sur des thématiques telles que : - Quelle place pour la viande dans les régimes alimentaires ?
- Comment concilier agriculture et biodiversité ?
- Comment éviter de gaspiller un milliard de tonnes de nourriture chaque année ?
- Agriculture et changement climatique. On peut écouter ces débats sur le site : « alimentation générale – les mercredis du pavillon » Le pavillon France a reçu le premier prix de l’architecture des pavillons de plus de 2 000 m². Le BIE a apprécié l’originalité et la qualité. C’est une structure en pin du Jura qui sera démontée et remontée en France.

Pavillon France

En ce qui concerne le traitement de la thématique, l’impression de cette visite est mitigée. Les pays ont surtout fait de leur pavillon une vitrine de leur savoir-faire. Des dix pavillons visités (certains traversés), à mon humble avis, le seul qui a respecté la thématique de façon éducative et abordable pour tout visiteur est l’Allemagne. La France, par le choix de ses conférences, a été plus élitiste. Pourtant, j’ai hésité à prendre la file d’attente (presque 2 h), retenue par mes griefs à l’encontre du choix de certains modes de culture de ce pays : méthanisation avec cultures céréalières dédiées, fermes de mille vaches… Afin de permettre à certains pays, ne pouvant pas engager de gros moyens financiers, d’être présents, sept clusters thématiques ont été créés, tels ceux sur le café, le cacao, la mer et la pêche… Ces clusters se sont révélés très intéressants.

Il est temps de tracer quelques lignes sur la thématique, lignes qui seront schématiques et partielles mais qui peuvent aider à la connaissance et à la réflexion. On pourrait écrire un livre ! C’est ce qu’a fait Bruno Parmentier* et les données qui seront apportées ici en sont issues.

Une donnée primordiale : la population mondiale et sa croissance continue

De 1950 à 2000, en 50 ans, la population mondiale est passée de 2.5 à 6.2 milliards d’habitants. Elle a augmenté de plus de 100% : 3.7 milliards dont plus de 3 milliards dans les pays en développement. De 2000 à 2050, en 50 ans, la population passera de 6.2 à 9.7 milliards (évaluation moyenne) ; elle augmentera de plus de 50% : 3.5 milliards dont plus de 3 milliards dans les pays en développement avec au moins 800 millions en Afrique subsaharienne, soit plus de 2 fois la population actuelle des Etats Unis !

Une répartition très inégale des hommes sur la planète

La répartition, en pourcentage, des 7.5 milliards d’habitants en 2015 est : Asie : 60% - Afrique : 16% (Afrique subsaharienne : 13 %, soit presque un milliard d’habitants) - Amérique Nord et Sud : 13.5% - Europe : 10% Océanie : 0.5%.

Une disparité des surfaces cultivables disponibles et des ressources en eau

Disponibilité des surfaces/habitant : 0.8 millième ha en Chine (un million ha pour 1.3 milliard d’habitant) ; 0.06 ha au Pays Bas, en Suisse, au Bangladesh ; 0.14 ha en Allemagne, à Haïti ; 0.33 ha en France.

Une répartition inégale des ressources en eau douce

L’Amérique latine, qui abrite 6% de la population, détient un quart des réserves mondiales, lesquelles se trouvent dans l’aquifère Guarani dont la surface égale celle de l’ensemble : France, Espagne et Portugal ! Les Etats Unis (EU), qui abritent 5% de la population, possède le grand aquifère Ogallala, une des plus grandes nappes d’eau souterraines au monde, qui s’étend sous huit états : du Dakota du Sud au Texas, mais ses réserves ont diminué de moitié du fait de l’irrigation (200 000 puits.)

Concernant l’assèchement des cours d’eau, il existe malheureusement de nombreux exemples en France et dans le monde, citons :
- aux EU, le fleuve Arkansas à sec l’été sur 1 200 km ;
- en Chine, en 1997, le fleuve jaune s’est tari durant plus de 7 mois ;
- en Afrique, le lac Tchad qui s’étendait sur 26 000 km2 en 1960 s’est réduit à 1 500 km2. Seuls, deux grands fleuves présentent une qualité satisfaisante et une bonne quantité : l’Amazone et le Congo.

Que mange-t-on aujourd’hui ?

La consommation de céréales reste fondamentale. La production mondiale de céréales a plus que doublé en 40 ans : moins d’un milliard de tonnes en 1960 à 2.2 milliards en 2000. Rappelons que les animaux d’élevage consomment 40% de la récolte ! Et que cette récolte subit une perte de 10 à 15% du fait du mauvais stockage, du pourrissement, de l’attaque des insectes… A l’horizon 2050, la production devrait être multipliée par 5 en Afrique, 2.3 en Asie, 1.9 en Amérique latine, 1.3 en Asie et 1.6 en Océanie, (stabilité en Europe). Nourrir 3 milliards d’habitants de plus nécessite de produire un milliard supplémentaire de tonnes de céréales, soit 3 fois la production annuelle des EU ! De 1960 à 2000, la surface agricole a augmenté de 9% et la population a doublé, passant de 3 à 6 milliards d’habitants. Cette donnée prouve que la productivité a augmenté de façon considérable. Mais peut-être a-t-on atteint une limite ? Rappelons que cette productivité s’est faite au détriment de la planète : pollution et érosion des sols, dégradation de la qualité des eaux, diminution des quantités disponibles…

Une solution : augmenter les réserves exploitables

Les possibilités se trouvent en Amérique latine, en Australie, au Canada et en Afrique subsaharienne. La FAO (Food and Agriculture Organization) estime qu’on peut gagner 120 millions d’ha entre 2000 et 2030, mais, sur la même période, la croissance urbaine nécessitera 100 millions d’ha supplémentaires !

Le plus facile a été fait dans les pays favorisés

Les progrès à venir seront plus difficiles à réaliser. Les investissements sont lourds et les prix agricoles mondiaux incertains. Pour le seul entretien de l’existant : canaux, barrages… le budget avoisinerait 30 milliards de dollars par an. On peut comparer aux 900 milliards de l’industrie de l’armement, aux 500 milliards investis chaque année dans les énergies fossiles !

Focus sur l’Afrique subsaharienne

Le choix préconisé est celui des cultures vivrières qui maintiendront en milieu rural la population dont l’accroissement prévu est d’environ 200 millions tous les dix ans ! Cette partie de l’Afrique peut s’en sortir si on lui donne les moyens. Parmi les freins : l’instabilité politique qui fait hésiter les investisseurs et, en ce moment, des guerres dans plusieurs pays dont on parle peu comme celle au Sud Soudan. Plusieurs pays ne pourront atteindre la sécurité alimentaire. Ceux qui n’ont pas du pétrole ou des minéraux à vendre, n’auront pas les devises pour importer. Une étude de l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales) montre que, si statu quo, les importations des pays en voie de développement feront plus que doubler en trente ans, passant de 107 millions de tonnes en 1995 à 245 en 2025.

Focus sur l’Amérique latine

L’Amérique latine se trouve en position dominante. Le Brésil, grand exportateur est considéré comme le grenier du monde au XXIème siècle. Avec sa surface (16 fois celle de la France), la variété de ses cinq climats (le principal étant tropical) et de ses sols, il a tout ce qu’il faut pour produire en abondance. Il est le premier exportateur de sucre, café, soja, tabac jus d’orange, poulet, viande de bœuf, éthanol. Son cheptel bovin est le plus grand du monde : plus de 200 millions de têtes. L’Argentine produit six fois plus que ses besoins. Son agriculture est industrielle, son élevage intensif (50 millions de têtes) et elle cultive du soja transgénique sur la moitié de sa surface agricole disponible. Le coût écologique de ces agricultures est très élevé : 70% du massif forestier a disparu au cours du 20ème siècle. Les occidentaux s’en inquiètent mais de nombreuses entreprises européennes participent financièrement à divers projets.

Disparité des moyens de culture 28 millions d’agriculteurs avec tracteurs, engrais, semences sélectionnées, … 250 millions avec bœufs et un milliard avec la force de leurs bras.

La diminution de la biodiversité menace le vivant

Pour la forêt, on détruit 13 millions ha chaque année ; la moitié seulement est replantée. Sur les 13 millions, 6 sont de la forêt primaire, la plus riche en biodiversité.

Pour les espèces, la disparition est inquiétante. Une étude, réalisée en 2005, de par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), portant sur 40 000 espèces, mobilisant 7 000 experts, a montré que les 2/5èmes des espèces étaient en voie de disparition. Le corail, formidable réservoir de nourriture, est en grand danger.

Risques engendrés par un nombre restreint de variétés

Rappelons que la famine qui a sévi en Irlande (1845- 1848) a été provoquée par l’attaque du mildiou sur les pommes de terre dont il n’existait plus que deux variétés ! Elle a entraîné la mort d’un million de personnes et l’émigration de deux millions. Quelques exemples de raréfaction : En Chine, en 1950 : 10 000 variétés de blé ; en 1970 : 1 000 ; en 2010 : une centaine. Aux EU, 90% des variétés de maïs ont disparu, ainsi que 86% des tomates et des pommes de terre. On peut décliner la même disparition dans le monde pour les choux, les pois… En France, quatre variétés de blé produisent 70% de la récolte.

Intégrer de nouvelles contraintes

Plus de chaleur, plus d’épidémies, plus d’aléas climatiques dont on ne développera pas les causes et les conséquences ; la COP21 est là ! Signalons que, contre toute attente, le réchauffement de la planète s’accompagne d’une diminution de l’ensoleillement, due à la pollution, voire le « nuage asiatique ».

Epilogue

La pauvreté a reculé durant les vingt dernières années, excepté en Afrique. Elle est passée de façon inégale, en Chine de 60 à 16 % ; en Asie de 52 à 31 % ; en Amérique latine de 12 à 9 %. La Chine acquiert son autonomie alimentaire. Elle a beaucoup mieux réussi que l’Inde dans sa lutte contre la sous-alimentation.

Au vu de ce court entretien, l’évidence apparaît : l’Afrique subsaharienne devrait recevoir l’aide indispensable et la plus adaptée à son développement.

Espérons que les gouvernements des pays développés prendront les décisions attendues.

Anne-Marie DELALEX - Vice-présidente

PS : J’avais réservé une visite guidée de l’exposition. Nous n’étions que trois à participer dont deux charentaises, une jeune femme de Confolens et moi-même, charentaise d’adoption !

* Référence : « Nourrir l’humanité » - Bruno Parmentier - Editions La Découverte

La mascotte de l’expo est inspirée d’Archimboldo, célèbre artiste italien du XVIème siècle


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