Grillon des bois, grillon des champs

mercredi 21 mai 2014 par David NEAU (Salarié)

Du quartier « Chante-Grelet » de la Rochefoucauld au lieu-dit « Chez Grelet » à Magnac-sur-Touvre, en empruntant le chemin du grelet d’Angoulême… il faut croire que tous les chemins mènent aux grillons ! Si cet insecte, notre « grelet » charentais, est mis à l’honneur dans de nombreuses localités du département, c’est peut-être en raison de sa proximité avec l’homme ou simplement parce qu’il égaye nos printemps de sa stridulation caractéristique. Pourtant, il n’est pas seul grillon visible à cette époque de l’année.

Le musicien des jardins

Grillon champêtre©S.Beillard Le Grillon champêtre est l’une des rares espèces d’orthoptères à être connue du grand public. Sa recherche d’un milieu sec et d’une hauteur de végétation limitée le conduit au plus près des habitations, à moins que ce ne soient nos jardins qui empiètent inexorablement sur son espace vital… Seul grillon de notre région à creuser un terrier, le Grillon champêtre est une espèce géophile. Même si son corps est recouvert de deux paires d’ailes, il préfère se dissimuler sous terre à la moindre alerte plutôt que de s’envoler. Les déplacements aériens sont davantage nocturnes et concernent des individus en recherche d’un nouveau territoire.

Une fois le terrier creusé (atteignant 20 à 30 cm de profondeur) et l’aménagement de sa plateforme de chant, le mâle doit absolument attirer un maximum de femelles en un minimum de temps : sa durée de vie n’excède pas quelques mois. Comme chez la majorité des orthoptères, ses stridulations font aussi bien office de sérénade que d’avertissements auprès des autres mâles, à quelques tonalités près. Même si la musique adoucie les mœurs, celle de notre grillon se fait puissante à l’écoute des stridulations d’autres mâles situés à proximité, donnant alors lieu à de véritables rixes sonores. Pour cause, le choix des femelles est simple : un grillon en bonne santé et qui peut assurer une descendance viable est avant tout un bon chanteur. Elles sont donc particulièrement sensibles aux stridulations d’appel du mâle (les « tsri-tsri-tsri » audible dans les jardins, sur les terrains de foot et dans les prairies) équipé pour l’occasion d’un attirail musical à faire pâlir Rémy Bricka : un archer (une râpe) situé sous son élytre droit qu’il frotte sur une membrane spéciale appelée chanterelle et placée sur son élytre gauche. Les ondes produites par ces frottements sont dirigées via des nervures situées sur les élytres à deux amplificateurs sonores : la harpe et le miroir. C’est donc en véritable machine sonore, toutes ailes surélevées pour une meilleure diffusion du son, que notre musicien suscitera la convoitise des femelles sur une distance d’environ 50 mètres.

Détail de l'appareil phonateur d'un mâle de Grillon champêtre (bleu : miroir, jaune : harpe)©S.Beillard

En comparaison, le Grillon des bois a l’air bien plus timide. Beaucoup plus petit, avec un chant portant moins loin, il vit dans l’intimité des milieux boisés, sur les litières des feuilles mortes.

Le musicien des bois

Grillon des bois©L.Debordes

Impossible de le confondre avec son cousin des champs. Bien plus petit (environ 1 cm contre 2.5 cm pour le champêtre), son habitat est tout aussi différent : milieux boisés, arborés, clairières et autres lisières forestières.

Zoom sur la tête du Grillon des bois©L.Debordes Localement, il abonde parmi les feuilles mortes, prompt à disparaitre après quelques sauts bien calibrés. Son agilité est d’ailleurs son salut, l’espèce ne creusant pas de terrier pour s’abriter. Si l’adulte s’observe à partir du moins de juin, les juvéniles sont visibles dès le printemps. Des insectes bondissant sur la litière aussi petits doivent être observés à la loupe. Alors, d’autres détails permettent son identification comme les tegmina (les ailes) qui atteignent au maximum la moitié de l’abdomen du mâle (ils sont encore plus courts chez la femelle et le juvénile). Autre détail qui a son importance : le Grillon des bois possède sur son front des sutures (lignes) frontales blanc en forme de pentagone.

Les stridulations de l’espèce sont moins audibles que celles de Grillon champêtre. Il s’agit d’une série de « ruurrr » vibrante, douce et harmonieuse, entrecoupées par de courtes pauses et répétées parfois pendant plusieurs heures. De par sa petite taille, il est difficile à repérer en écoute active, surtout que le mâle ne possède pas d’amplificateur de sons ! Le mieux est d’abord de le rechercher à vue parmi les feuilles mortes puis de tendre l’oreille, à l’inverse du Grillon champêtre.

Ces deux grelets sont communs en Charente et faciles à inventorier. Nous aurons l’occasion de les découvrir au cours de nos prochaines sorties consacrées aux orthoptères de Charente, à partir du mois d’août 2014. Des inventaires dans le cadre de la réalisation d’un atlas des orthoptères de Poitou-Charentes, un projet porté en région par Poitou-Charentes Nature, avec le soutien de l’Europe (FEADER), la DREAL et la Région Poitou-Charentes.

Bibliographie/Webographie :

- Bellmann H., Luquet G., 2009. Guide des sauterelles, grillons et criquets d’Europe occidentale. Les guides du naturaliste. Delachaux et Niestlé. 383 p.
- http://www.insectes.org/insectes/qu…. Consulté en mai 2014.
- http://aramel.free.fr/INSECTES9bis-…. Consulté en mai 2014.

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