L’éducation nous permet...d’apprendre ensemble à décider ensemble

jeudi 30 juin 2011 par charentenature

En tant qu’association d’éducation populaire, en quoi le développement durable nous interroge-t-il ?

Michel Hortolan : Le développement durable nous interpelle sur trois points :

D’abord, les pratiques éducatives mises en oeuvre dans nos différents champs d’intervention et avec des publics diversifiés.

Puis, sur la question de la cohérence dans le fonctionnement de nos structures et organismes.

Et enfin, sur la place que nous souhaitons occuper comme acteurs de la société civile organisée. Quelle est notre lecture du développement durable ? Que souhaitons-nous faire valoir ?

Quelle est notre capacité à avoir notre propre lecture du développement durable ?

Michel Hortolan : Le propre de toute attitude éducative est l’approche critique. Le développement durable est à la fois méthode et concept. Décortiquons-le et reconstruisons-le dans une perspective éducative. C’est un concept éminemment politique car il nécessite de faire des choix face à des enjeux repérés et considérés comme réels par la société humaine. Les processus de prise de décision sont donc concernés. Concernant "l’agir politique" et le "comment faire" la question est : comment apprend-on ensemble à prendre des décisions ensemble ? L’éducation à l’environnement est aussi une éducation au politique. Elle permet d’accompagner des individus en constructions - avec le souci de leur émancipation et de la reconnaissance de la singularité de chacun - des individus devenus des personnes humaines au cours de la longue histoire de leur coexistence avec d’autres. Elle intègre donc également la critique sociale.

En cela, les mouvements d’éducation populaire ont un rôle à jouer, notamment sur la question du "comment prend-on les décisions ensemble ?"

Michel Hortolan : Doit-on, au nom de l’urgence et du catastrophisme, imposer - ou obtenir l’adhésion par l’utilisation de techniques de manipulation - les changements de comportements ? Ou bien place-t-on l’éducation au coeur des dispositifs permettant de trouver des solutions démocratiquement ? Dans le débat public, les éducateurs doivent, à mon sens, dénoncer les processus de prise de décision dont l’unique ressort serait l’urgence. Ce serait fermer la porte à l’espérance.

La prise en compte du développement durable a privilégié le couple économie-environnement. Comment sortir de ce schéma ?

Michel Hortolan : L’approche sociétale du bien commun, du bien-être, du bien vivre ensemble, a été largement occultée. La question de l’efficacité économique est prédominante. Nous sommes culturellement inscrit dans une vision centrée uniquement sur nous-même. Nous exploitons des ressources naturelles, énergétiques, humaines, nous créons des dégâts, et nous réparons. Ce couple "exploiter/réparer" est le moteur de notre modèle économique. Mais qu’en est-il des questions du sens, de la responsabilité, de la solidarité, de l’agir politique ensemble ?

Il faut donc d’abord réussir à dépasser un certain dogmatique si nous souhaitons que les mesures soient réellement efficaces ?

Michel Hortolan : Oui. Une société organisée autour du seul principe d’efficacité est une société qui a perdu la question du sens. Comment voulons-nous vivre ensemble, à 9 milliards d’humains à l’horizon 2050 sur une planète "espace physique limité" ? Que voulons-nous comme développement humain ? Pouvons-nous encore grandir en humanité ? Comment assurer à chaque personne l’accès à la santé, à une nourriture saine, à un logement, à l’éducation, à la parité, à la possibilité de participer au débat public…? Le développement durable nous oblige à penser planétaire pour une mondialisation "heureuse". La globalisation, elle, fondée sur la dérégulation et le dogmatisme économique est néfaste à la cohésion sociale. Un seul système socio-économique serait sensé s’être imposé à toutes et à tous, car aujourd’hui l’économie relève plus de la théologie que d’un ensemble d’actions à mettre en oeuvre pour répondre aux exigences du développement humain. Mais quand on examine le fonctionnement des sociétés, on constate que nous agissons au coeur de plusieurs systèmes socio-économiques en interrelation ; la planification, le marché et la réciprocité.

Aucun de ces systèmes, utilisé seul, ne permet de répondre aux enjeux. C’est leur combinaison, au cas par cas, qui le permet. Un des enjeux éducatifs du développement durable est bien de savoir si nous sommes en capacité d’amener les personnes qui font la société à réfléchir sur l’articulation entre les systèmes socio-économiques. Sortir des dogmatismes est un des fondamentaux de l’éducation populaire.

Le développement durable renvoie donc à la dimension culturelle ?

Michel Hortolan : Oui, nous vivons une rupture culturelle qu’il faut accompagner par une action éducative forte. Nous basculons d’un modèle culturel fondé sur le couple "exploiter/réparer" - vision anthropocentrée - vers un modèle plus "écocentré", dans lequel l’espèce humaine entretient des échanges avec les ressources, la nature. Nous passerions alors de l’attentisme et du curatif à l’anticipation, la préventio, l’attention.

L’éducation ne prétend pas tout résoudre, mais elle doit accompagner les personnes engagées des ces démarches d’appropriation inscrites dans la durée et sur des territoires de vie.

Pourquoi sur les territoires ?

Michel Hortolan : Car tout changement culturel nécessite la reconnaissance des spécificités des personnes et de leurs formes d’organisation pour vivre ensemble.

Comment un acteur de la société civile s’inscrit-il dans le débat public sur la question du développement durable ?

Michel Hortolan : Cela pose la question de la participation. La question "l’agir politique" interroge l’articulation entre trois logiques : celle de la représentation, celle de l’expertise technique et scientifique, celle de l’expertise d’usage des personnes et de la société civile organisée. Comment mettre en interrelation ces trois sphères ?

L’éducation pour tous tout au long de la vie nous permet d’apprendre ensemble à décider ensemble.

Sandra MINETTE - Animatrice de rédaction aux Francas

Michel HORTOLAN - Administrateur de Charente Nature

Article extrait de Camaraderie, magazine des Francas n° 293 - Avril-juin 2011

Article paru dans la revue Charente Nature n° 284 - Avril-mai-juin 2011

Les Francas Association d’éducation populaire 10-14, rue Tolain - 75980 PARIS Cedex 20 Tél : 01 44 64 21 53 Fax : 01 44 64 21 11 Site : www.francas.asso.fr


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