La Préhistoire en Charente

lundi 23 avril 2012 par Pierre-André CHARLET (Administrateur)

L’Afrique, berceau de l’humanité.

Il y a 7 millions d’année, Toumaï vivait au Tchad, en Afrique. La région de de Toros-Menalla, au nord du Tchad, a connu une succession de phases humides (associées au grand lac Tchad) et de phases arides (associées au désert. Actuellement, cette région est désertique et le lac Tchad n’occupe plus qu’une superficie de 5000 km2. Il y a environ 5000 ans, il avait une superficie de 400 000 km2. Toumaï est le plus ancien hominidé connu. Sur le même site, il a été étudié des spécimens comme les cochons et les éléphants, mais aussi d’autres mammifères, comme les anthracothères (entre le gros sanglier et l’hippopotame), les bovidés, les gazelles, les hipparions (cousin du cheval).

La Charente recèle un patrimoine archéologique exceptionnel. Fossiles, ossements, objets mobiliers constituent de précieux témoignages sur la vie de notre département. Avec ces étapes paléontologiques et archéologiques, près de 135 millions d’années se déroulent sous nos pas. Le sol charentais a conservé de nombreux fossiles qui témoignent de la richesse géologique du département. La mer a longtemps recouvert la région. Pendant près de 110 millions d’années, plus d’un kilomètre d’épaisseur de sédiments se sont déposés. Ces roches sédimentaires renferment de nombreux fossiles. Dans la région de Cognac, à Cherves, la découverte d’un gisement paléontologique a mis en évidence l’un des sites fossilifères les plus riches d’Europe par la variété des fossiles datant du Crétacé (135 millions d’année). La répartition des continents ne ressemblent pas à celle que nous connaissons de nos jours. La future Europe est alors un archipel d’îles. La région de Cherves est située sur la côte sud d’une grande terre Armorico-centrale baignée par le golfe charentais. Les climats étaient alors chauds et il régnait une sécheresse comparable à la zone méditerranéenne. Cherves se trouvait alors plus au sud, plus près des zones tropicales… à peu près à la latitude actuelle de Rabat au Maroc. Depuis plus de 500 millions d’années, les animaux vertébrés peuplent notre planète. La faune fossile extraite à Cherves date du Crétacé : poissons, requins, amphibiens, lézards, tortues, dinosaures, crocodiliens, ptérosaures, mammifères, oiseaux, etc…

L’ère quaternaire en Charente.

Paléolithique ancien (650 000 ans à 200 000 ans avant notre ère).

La Charente glaciaire : Il y a plus d’un millions d’années, le climat "tropical" de la Charente a connu d’importants changements. L’installation cyclique de périodes glaciaires va caractériser l’ère quaternaire. L’action du froid est à l’origine d’un modèle qui va donner à la Charente ses paysages actuels (massif calcaire et forestier de la Braconne, les Grottes du Quéroy à Chazelles : parcours de 800 mètres de galeries permettant de découvrir des concrétions calcaires, stalactites et stalagmites). La Charente est habitée depuis plus de 500 000 ans et ses premiers habitants furent certainement des Homo erectus inventeurs du biface (silex taillé sur les deux faces) qui leur servait d’outil. Nous leur devons l’invention du feu (400 000 ans avant notre ère). Il n’a pas été trouvé d’ossements humains de cette époque.

Paléolithique moyen (200 000 ans à 40 000 ans avant notre ère).

L’homme de Néandertal, notre lointain cousin a succédé à l’Homo erectus. Le département de la Charente est l’une des zones européennes qui a livré le plus d’hommes fossiles appartenant à la lignée Néandertalienne avec une forte densité d’habitats dans nos vallées. A cette époque, on trouvait une faune riche et diversifiée. Comme tous les chasseurs cueilleurs les hommes de Néandertal vivaient au plus près de la nature. Durant les périodes tempérées, les faunes évoquent les faunes européennes actuelles (cerf, daim, sanglier, chevreuil, aurochs), les périodes glaciaires voient s’étendre de grands troupeaux de rennes, chevaux, bisons, rhinocéros laineux. De grands fauves complétaient cette association d’herbivores (lions et hyènes des cavernes, panthères, loups et ours). Ces derniers occupaient en alternance avec les hommes, les cavités qui leur servaient de repaire ou lieux d’hibernation. L’homme de Néandertal maîtrise le feu et invente les rites funéraires.

Principaux sites en Charente (époque moustérienne).

Les grottes de La Chaise à Vouthon dans la vallée de la Tardoire (classées monuments historiques) C’est un des sites les plus riches d’Europe en restes humains néandertaliens anciens. Certains de ces ossements portent des stries, indiquant une action de décharnement, vieille de 150 000 ans. Les grottes ont livré de nombreux restes de faune (chevaux, mammouths, rhinocéros, antilopes saïgas, bovidés …)

La grotte d’Artenac à Saint-Mary dans la vallée de la Bonnieure Des restes d’ours de Denninger, de panthères de Combaszog, de machaitodontes et d’herbivores (rennes, bovidés …) sont datés entre 500 000 ans et 700 000 ans avant notre ère. La grotte sera fréquentée à plusieurs reprises par les hommes de Néandertal, qui ont pratiqué successivement plusieurs types d’activités : abattage et dépeçage de gibier, atelier de taille et de retouche de silex.

Le paléolithique supérieur (40 000 ans à 10 000 ans avant notre ère).

Comme partout en Europe, les hommes de Néandertal ont disparu brutalement et mystérieusement, après avoir côtoyé pendant quelques milliers d’années leurs successeurs : les hommes de Cro-Magnon – ancêtres des Homo sapiens actuels – qui arrivent dans nos régions vers environ 35 000 à 40 000 ans avant notre ère.

Les premiers hommes modernes (Homo sapiens sapiens ou l’homme de Cro Magnon).

Chasseurs cueilleurs, tout comme les Néandertaliens, les homo sapiens fossiles ont largement utilisé les abris que leur offraient les falaises calcaires charentaises. Plusieurs civilisations vont se succéder qui laisseront le témoignage de leur présence en Charente.

Première civilisation : les hommes du Solutréen.

Il y a 20 000 ans s’installaient les hommes du Solutréen dont la brillante civilisation a duré jusque vers 17 000 ans avant notre ère. Nous sommes à l’apogée de la taille du silex. Des pièces d’une grande finesse sont ainsi obtenues comme "les feuilles de laurier", objets taillés sur les deux faces par de fines retouches. Nous lui devons aussi l’invention de l’aiguille à chas en os et le développement du propulseur. Les Solutréens ont connu des températures extrêmement froides avec un climat sec correspondant à la dernière glaciation. La Charente devait être recouverte de zones de toundra et de sols gelés similaires à ceux que l’on trouve en Russie et au Canada. Les faunes du paléolothique supérieur ont essentiellement vécu dans climat glaciaire appelé l’Age du renne. Cet animal était au centre de la vie économique et ses restes osseux jonchent le sol des habitats. Il était mangé, mais servait aussi pour fabriquer des outils, graisse pour alimenter les lampes, peaux pour se vêtir.

Le Solutréen est présent sur deux sites.

La grotte du Placard à Vilhonneur dans la vallée de la Tardoire (classée monument historique)

Cette grotte forme un vaste porche qui domine la vallée de la Tardoire. Elle abrite une frise solutréenne finement gravée.

Le Roc de Sers à Sers (Classé monument historique).

Les gisements du Roc de Sers consistent en une série de grottes et d’abris qui s’ouvrent sur le Roc, petit affluent de l’Echelle. Plusieurs blocs sculptés ont été découvert et forment une frise.

Deuxième civilisation : les hommes du Magdalénien.

Après l’épisode relativement bref du Solutréen, les hommes du Magdalénien vont coloniser la Charente. Cette période est marquée par l ‘apogée de l’industrie osseuse et de l’art pariétal. De cette époque, datent les premières lampes connues, godets aménagés dans des blocs de grès ou de calcaire, la fabrication des harpons et hameçons pour faciliter la pêche , de nombreux types de sagaies.

L’abri sous roche de la Chaire à Calvin à Mouthiers-sur-Boëme (classé monument historique).

L’abri doit son nom à une plate-forme aménagée dans la falaise et d’où, selon la légende, Calvin aurait prêché la Réforme lors de son séjour charentais au début des années 1520. Les fouilles ont révélé un matériel archéologique particulièrement riche et diversifié (silex taillés, armes et outils en bois de renne, ossements d ‘animaux et éléments de parure), faisant de la Chair à Calvin un important site d’habitat. L’originalité de ce site réside dans l’emploi de la sculpture (quasiment absente des grottes ornées) et dans la présence d’un art pariétal au sein d’un habitat, contrairement aux grottes ornées qui n’ont été que fréquentées.

La seule frise sculptée en place et visible dans la région Outre un célèbre harpon décoré à double rang de barbelures, ce site est connu pour la frise animalière sculptée et attribuable au magdalénien moyen. Celle-ci était accompagnée d’un bloc sculpté qui pouvait représenter la tête d’un félin. Accouplement ou bison retaillé : la principale figure de la frise, représentait la célèbre scène d’accouplement de chevaux, suscite des interrogations. Pour certains chercheurs, cette figure serait en fait un bison qui aurait été retaillé dans un second temps en cheval.

La fin des temps glaciaire. Le Paléolithique s’achève vers 10 000 ans avant notre ère avec la fin des temps glaciaires et laisse la place aux civilisations mésolithiques.

Pierre-André CHARLET - Administrateur de Charente Nature, Responsable de la section "Géologie"


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