La Vallée de la Charente... un espace naturel remarquable

mercredi 4 avril 2012 par Jean-Pierre SARDIN (Administrateur)

Au cours de sa traversée des plaines de l’Angoumois, la Charente s’écoule lentement, disséminant ses eaux en plusieurs bras. La végétation riveraine s’épaissit : elle offre alors aux animaux sauvages une grande diversité d’habitats dont les caractéristiques varient avec le climat ou le sol.

De nombreuses espèces y sont communes, comme les mésanges, les campagnols, les lézards… Mais certains mammifères ou oiseaux, des insectes aussi, par leur particularité biologique ou leur rareté, embellissent la vallée et donnent à la Charente une grande valeur patrimoniale.

En mars, avril et mai, quand les pluies printanières gonflent le fleuve (ce qui devient rare), les eaux s’étalent sur les prairies et les champs alluviaux. C’est l’époque de la migration pré-nuptiale pour les millions d’oiseaux qui, de retour des estuaires, lacs, forêts et savanes africaines, gagnent leur parcelle de toundra arctique, leur buisson anglais, leur haie normande ou leur polder hollandais. Pour eux, ces terres charentaises gorgées d’eau, de vers, de microscopiques animaux planctoniques sont un gîte d’étape idéal : la vallée de la Charente accueille alors, certains soirs, des centaines de petits échassiers limicoles (barges, courlis, chevaliers, bécasseaux, gravelots…), des canards, ou le superbe Balbuzard pêcheur qui retourne lentement vers son fiord scandinave. Les passereaux (gobemouches, pouillots, pipits…) transitent régulièrement dans les aulnes et les frênes avant de poursuivre leur long voyage.

Balbuzard pêcheur-C.DOLIMONT-Charente Nature

Puis, c’est l’extraordinaire mystère de la reproduction, l’explosion de la vie. Dans les îles boisées, le Héron cendré, le bihoreau, plus rare, et exceptionnellement la très jolie Sarcelle d’été exploitent ces lieux discrets et impénétrables où retentit la flûte du Loriot d’Europe. Au sommet des grands peupliers, dans les vieux nids de pie ou de corneille, s’installe un petit faucon bleu ardoisé, au vol rapide et acrobatique, grand amateur d’insectes volants et…d’hirondelles : le hobereau.

Dans les frênaies aux vieux arbres presque centenaires, d’une larve terne et banale, surgit un magnifique insecte protégé : la Rosalie des Alpes, aux tons bleu vif, aux longues et fines antennes barrées de noir. Dans les berges parfois abruptes des méandres, le Martin-pêcheur a creusé son nid. Qui se douterait que cet oiseau éclatant, flèche turquoise au ras de l’eau, élève ses petits au fond d’un terrier obscur ?

Martin pêcheur-C.DOLIMONT-Charente Nature

Ca et là, le long des rives du fleuve, dans les angles morts aux eaux paresseuses, au milieu des longues tiges de roseaux et des scirpes, la Poule d’eau, la Rousserolle effarvatte, petite fauvette aquatique, et son parasite favori, le Coucou gris, mais aussi la Rainette arboricole, le Campagnol amphibie ou la Loutre d’Europe, rivalisent de discrétion et d’ingéniosité pour mener à bien l’élevage de leur progéniture. C’est alors que les longues soirées de printemps s’émaillent des bruits les plus curieux : cris rauques des fauvettes et des amphibiens, mélodie flûtée du Rossignol philomèle, et encore parfois, dans les grasses pairies aux renoncules d’or, s’élève tard dans la nuit le raclement du Râle des genêts. Ce petit échassier migrateur, le plus souvent invisible ne fréquente malheureusement plus guère la vallée. En l’espace de 20 ans, sous l’impact d’une agriculture intensive, ses effectifs ont chuté de plus de 90% !

Car la vallée est menacée : pollutions diverses, labourage des prairies, culture intensive des peupliers, espèces invasives comme la Jussie, l’Ecrevisse de Louisiane ou la Tortue de Floride… Autant de facteurs de déséquilibres dans un milieu fragile.

A cela s’ajoute, en été, des niveaux d’eau de plus en plus bas, en raison de l’irrigation massive des cultures. Cela concentre les produits chimiques, augmente la température de l’eau et diminue son oxygénation : les poissons, les insectes aquatiques disparaissent alors et, vers la fin du mois d’août, la Charente devient souvent un désert presque sans vie.

L’automne, grâce à la migration post-nuptiale, ramène la vie. C’est aussi l’époque ou les chauve-souris emmagasinent leurs réserves pour la longue hibernation. En soirée, leurs vols papillonnants dirigent à coup sûr les murins, pipistrelles ou oreillards vers les insectes salvateurs. Tous ces animaux sont protégés, en raison de leur rôle essentiel dans les équilibres des écosystèmes.

Pour observer tous ces fleurons de notre patrimoine naturel, la patience et la discrétion sont bien sûr de rigueur. Mais même en plein hiver, lorsque le givre durcit les jeunes rameaux et que la brume s’élève au dessus du fleuve, on peut entendre la brusque strophe de la Bouscarle de Cetti et les cris doux et nostalgiques des Vanneaux huppés dans les labours proches.

Jean-Pierre SARDIN - Vice Président de Charente Nature, Responsable du secteur "Expertises et Inventaires"


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | Espace privé | visites : 854794

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site ACTIVITES  Suivre la vie du site Activités naturalistes  Suivre la vie du site • Faune   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.29 + AHUNTSIC

Creative Commons License