Les caloptènes, des détails intimes...

vendredi 27 juin 2014 par David NEAU (Salarié)

Si certains orthoptères sont facilement identifiables, la tâche s’avère plus compliquée pour d’autres, particulièrement les criquets. La simple observation de cette catégorie d’insecte ne permet pas toujours de reconnaître l’espèce et les photos réalisées pour l’occasion peuvent être inutilisables si elles ne montrent pas certains détails morphologiques indispensables pour sa détermination. Un seul moyen pour ne pas rester dans le doute : capturer l’insecte et le regarder sous toutes les coutures. Même les plus intimes !

Soleil et chaleur Caloptène italien©L Debordes Parmi les criquets soumis à des critères d’identification très précis, intéressons-nous aux deux espèces de caloptènes présents en Charente : le Caloptène italien et le Caloptène ochracé. Ces insectes, amateurs de sécheresse et de chaleur (ils sont considérés comme xérothermophiles) fréquentent de nombreux milieux sous conditions de ces deux caractéristiques en plus d’une végétation rase, laissant apparaître des zones totalement nues. A l’échelle de la taille de ces criquets, 12 à 18 mm pour les mâles et 20 à 36 mm pour les femelles, une petite zone pierreuse ou sablonneuse chauffée au soleil devient un véritable désert ! Ce besoin de chaleur explique également pourquoi les adultes ne sont visibles qu’en été, à partir du mois de juillet. Les derniers survivront jusqu’au mois d’octobre. Entre temps, les mâles auront assuré leur descendance, séduisant les femelles par de subtils… grincements de dents. En effet, contrairement à la plupart des criquets, le mâle de caloptène est dépourvu d’appareil stridulatoire. Pour attirer les femelles, il frotte ses mandibules l’une contre l’autre, le crissement étant peu audible, portant jusqu’à 50 cm.

Le soldat rose Caloptène italien©L Debordes Si la détection auditive s’annonce plutôt difficile, la prospection visuelle est bien plus efficace. A ce sujet, nos caloptènes sont des criquets véloces qui effectuent de grands sauts, la distance du vol pouvant dépasser plusieurs mètres, surtout chez les femelles plus puissantes que les mâles. Cette propension à la fuite est une véritable chance. Sans aucun mouvement, les individus passeraient inaperçus, comptant sur leurs couleurs cryptiques qui les camouflent efficacement parmi la végétation rase. Pour autant, plusieurs Caloptènes ochracés préfèrent au treillis militaire des tenues plus contrastées, jaune-ocre (forme ictericus) ou sombre à bandes blanches (forme marginella). Mais qu’ils soient ochracé ou italien, les caloptènes ont toujours les ailes roses !

Les femelles, ces inconnues La présence d’un tubercule situé sous la tête entre les deux pattes antérieures est une caractéristique du caloptène partagée avec une seule autre espèce, le Criquet pansu. La taille des adultes et la longueur des ailes permettent d’éviter les confusions. Mais pour distinguer l’italien de l’ochracé, il est nécessaire de capturer un individu, mâle de surcroît, les femelles des deux espèces se ressemblant tellement qu’il est parfois impossible de les différencier. Notre criquet en main, notre loupe dans l’autre main, il faut maintenant regarder un détail intime mais spécifique : l’édéage, c’est-à-dire le pénis du mâle. Ce pénis est proéminent, en forme d’aileron de requin, pointu et de couleur généralement noire : vous avez reconnu le Caloptène italien. Ce même pénis est gris, arrondi et émoussé ? Il s’agit du Caloptène ochracé.

L’observation du pénis ne permet pas d’identifier toutes les espèces jumelles. La longueur des ailes est l’un des critères déterminant pour différencier le mâle du Criquet des pâtures du Criquet palustre, jamais signalé en Poitou-Charentes. Chez les decticelles, la différence s’observe chez les femelles en analysant les plaques sous-génitales. Toujours avec une loupe !

Les caloptènes sont répandus en Charente. Nous aurons l’occasion de les découvrir au cours de nos prochaines sorties consacrées aux orthoptères de Charente, surtout en milieu sec. Des inventaires dans le cadre de la réalisation d’un atlas des orthoptères de Poitou-Charentes, un projet porté en région par Poitou-Charentes Nature, avec le soutien de l’Europe (FEADER), la DREAL et la Région Poitou-Charentes.


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