Lichens : Usnées de Charente

lundi 18 août 2014 par Robert BEGAY - Charente Nature

Usnéa esperantiana©Sylvain ARD

Usnea esperantiana, une usnée la plus commune en Charente

Le terme "usnée", dans le langage courant, est un mot rare dont le sens échappe sans doute à la plupart des lecteurs. Il était cependant bien connu des cruciverbistes, sous la définition "mousse pendante à l’extrémité des vieilles branches". Précisons que l’usnée est un lichen, et non une mousse. Jusqu’à une époque récente on plaçait les deux genres sous le même vocable de cryptogames, littéralement "noces cachées", c’est à dire plantes sans fleur, opposées à phanérogames, ou plantes à fleurs. Mais la science a fait récemment de grands progrès, en particulier grâce à la génétique, et désormais les lichens appartiennent à la classe des champignons, ce qui est logique, le lichen étant constitué d’une algue ou d’une cyanobactérie, et d’un champignon, qui est la partie évolutive de l’ensemble symbiotique, ce qui rend particulièrement incongrue la définition donnée dans les mots croisés.

Quoi qu’il en soit, les usnées constituent un groupe de mal aimées et à quelques exceptions près difficiles à nommer. En particulier les usnées de plaines, qui poussent généralement sur des arbrisseaux, dans les haies ou sur les vieux arbres des vergers Par leur apparence chétive et buissonnante elles offrent entre elles un maximum de ressemblance, et certaines espèces ne peuvent être séparées de façon sûre que par le recours à la chromatographie (Thin Layer Chromatography : TLC), ce qui n’est vraiment pas à la portée de l’amateur moyen.

Aussi nombre de mes récoltes avaient elles fini, à deux ou trois exceptions près, sous la mention Usnea sp. lorsque la rencontre d’un jeune lichénologue dynamique, Sylvain Ard, et l’assistance ô combien précieuse de Philippe Clerc, le spécialiste des Usnées d’Europe, me poussèrent à reconsidérer le problème et à esquisser un tableau, encore incomplet, certes, mais significatif des usnées de Charente.

Voici la liste des espèces relevées à ce jour, accompagnée de quelques observations personnelles qui peuvent permettre d’arriver à une première détermination. Elles sont décrites dans un ordre de difficulté croissante en partant de celles qui présentent des caractères apparents et distincts et en allant vers celles qui sont tellement proches les unes des autres que leur détermination doit être vérifiée à l’aide de la chromatographie. C’est là un choix purement arbitraire mais qui peut avoir un certain intérêt pratique.

- Usnea rubicunda Stirton : Base non noire, cortex essentiellement ou totalement rougeâtre, sorédié et isidié, les isidies nombreuses et groupées. Récolté dans de vieilles parcelles de forêts, principalement sur chêne. Forêt de la Braconne et Sud Charente.

- Usnea flavocardia Räsänen (= wirthii) : base claire, isidié et sorédié, médulle jaune pâle. Récolté çà et là dans les haies, les buissons, les arbres des vieux vergers dans la région d’Angoulême.

- Usnea cornuta Körb (= inflata) : base non foncée, sorédié et isidié. Rameaux principaux amincis à la jonction avec les branches principales. Récolté çà et là dans une grande partie de la Charente.

- Usnea esperantiana Clerc : base non noire, uniquement sorédié. L’extrémité des branches recourbées, sorédiées et même érodées, est caractéristique. Très courante en Charente dans les haies, les buissons, les vieux arbres des vergers.

- Usnea glabrata (Ach.) Vain. : base incolore. Soralies souvent plus larges que le support. Sans isidies. Rameaux amincis à la jonction avec les branches. Petite espèce. Semble assez rare en Charente.

- Usnea glabrescens (Vain.) Räsänen : base noire. Sorédié, non isidié. Soralies régulières sauf à l’extrémité des branches fines, allongées, n’excédant pas la largeur du support. Récolté çà et là dans les haies, les buissons, les vergers.

- Usnea glabrescens subsp. fulvoreagens Räsänen : base noire. Sorédié, non isidié. Soralies irrégulières excavées. Très proche de la précédente dont elle ne peut être séparée de façon certaine qu’avec le recours à la TLC Même habitat que la précédente.

- Usnea subfloridana Stirt. : noirci à la base, sorédié et isidié. Soralies arrondies. Récolté en forêt de Braconne.

- Usnea wasmuthii Räsänen : noirci à la base. Sorédié et isidié. Soralies plus ou moins excavées. Doit être séparé de la précédente en utilisant la TLC. Çà et là.

- D’autres espèces restent certainement à découvrir, comme Usnea hirta dans les pinèdes ou bien Usnea flammea et Usnea rufestris en Charente limousine. Mais je laisse à d’autres plus ingambes le soin de reprendre le flambeau. Bibliographie :
- 1992 Purvis et al. The Lichens of Great Britain and Ireland. British Lichen Society
- 2003 James, P. W. Aide Mémoire : Usnea. British Lichen Society.
- 2007 Bulletin Association Française de Lichénologie Vol. 32 Fasc 2
- Introduction (reçue le 01/06/14


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