Lu, vu, entendu...

mercredi 26 novembre 2014 par Gilles MARSAT (Administrateur)

Pesticides et Perturbateurs endocriniens.

Salle Matisse, Soyaux, jeudi 23 octobre 2014.

Conférence "Pesticides : l’alerte des médecins" animée par deux médecins du Limousin, les docteurs Mazet et Périnaud, organisée par « Collectif Vigilance OGM et Pesticides 16 » et « Charente Nature ».

Salle comble, autour de 380 personnes.

N’ayant pas pris de notes, je ne peux que faire partager ce que je retiens aujourd’hui de cette conférence et du climat un peu particulier qui a régné ce soir-là.

Les deux médecins ont expliqué les raisons qui les avaient conduits à lancer leur appel national contre les Pesticides, celui-ci a reçu plus de 70 signatures de médecins en Charente et plus de 1500 en France. Lors de l’exercice de leur activité médicale de généralistes ils se sont aperçus qu’il y avait dans leur patientèle, une augmentation régulière de certaines formes de cancers (prostates, seins, testicules, ovaires) mais aussi des troubles neurologiques comme la maladie de Parkinson.

Ils ont constaté qu’il y avait une relation entre les nombreux traitements chimiques réalisés sur les pommeraies limousines proches et la progression du nombre de ces maladies.

Non seulement les personnes qui effectuent les traitements sont touchées mais aussi des membres de leur famille, des riverains ou des habitants des villages qui respirent les mêmes produits.

Les pesticides se propagent avec le vent ou la pluie, touchent ceux qui les préparent (font les mélanges) ceux qui sont à proximité et ceux qui entretiennent les appareils diffuseurs…

« Chez l’enfant, l’utilisation domestique de pesticides notamment d’insecticides par la mère pendant la grossesse et pendant l’enfance a été régulièrement associée aux leucémies et à un moindre degré, aux tumeurs cérébrales ». Les médecins ont insisté sur le fait que l’imprégnation générale de la population n’est contestée par personne.

Les pesticides ont contaminé largement la totalité de l’environnement, air, eaux de surface comme eaux de pluie, sols et organismes humains, (90% de la population française est contaminée par les organo-chlorés, présents dans la viande, le lait, le poisson…).

Les imprégnations à « faible dose »dans la population générale, n’a rien de rassurant car 80 pesticides peuvent être considérés comme des perturbateurs endocriniens.

Ces substances chimiques sont soupçonnées d’être une des causes de la recrudescence de certains troubles comme l’infertilité masculine, des cancers hormonodépendants, des obésités…

Leurs effets ne dépendent pas de la dose mais de la période d’exposition ; ces effets ne sont pas linéaires et dépendent aussi de l’association de plusieurs produits (effet cocktail). En effet, dans les traitements effectués par les agriculteurs, il s’agit souvent de mélanges de différents produits. Les effets des perturbateurs endocriniens peuvent être transgénérationnels. Il apparaît que le cadre législatif, comme le souligne le rapport sénatorial sur les pesticides et la Santé (rédigé par notre sénatrice, Nicole Bonnefoy) ne permet pas de déterminer si un pesticide est un perturbateur endocrinien ou non.

Les médecins ont mis en cause les modalités des études sur les effets des pesticides sur la santé humaine qui ne s’intéressent souvent qu’à l’un des composants du produit et sont dépendantes du producteur qui ne transmet que ce qu’il veut des recherches effectuées (pour exemple, voir le film de Monique Robin sur Monsanto).

Il n’y a pas de recherches sur les « cocktails » qui peuvent augmenter certains effets et en produire d’autres, indépendamment de chaque produit pris seul.

Cette soirée a été marquée par la réaction d’agriculteurs dont le président de la Chambre d’ Agriculture de la Charente qui, se sentant agressés dans leurs activités, affirmaient qu’ils étaient conscients du danger et limitaient les usages des pesticides, mais qu’ils avaient la « mission de nourrir le monde » et devaient produire en quantité suffisante…

La meilleure défense étant l’attaque ils ont reproché aux médecins généralistes leur propension à alourdir leurs ordonnances par trop de médicaments pas toujours bons pour la santé de leurs patients et source également de pollution. Les généralistes n’ont pas nié les reproches faits, ont redit que leurs remarques n’avaient pas pour objet de mettre en cause les agriculteurs mais plus l’industrie chimique, les politiques et les services d’État qui ne jouent pas leur rôle de protection de l’ensemble de la population.

Des moments d’intense émotion lorsque des personnes, dans l’assemblée ont fait part de la mort d’un fils, d’un mari due à l’usage intensif de pesticides ou de mélanges dont personne ne se méfiait, des difficultés à faire constater qu’il s’agissait bien de maladies professionnelles, des difficultés à vivre les conséquences de ces décès… Un couple a apporté son témoignage de personnes vivant dans une campagne soumise à d’intenses traitements chimiques, aujourd’hui, malades tous les deux, et si c’est trop tard pour eux, ils veulent que« pour les autres, cela s’arrête ».

L’état des lieux étant fait, quelles solutions ?

Des solutions partielles mais immédiates sont possibles, comme il existe des alternatives économiques connues et réalisables…
-  Prendre des précautions pour ne pas épandre trop près des habitations, des écoles, des villages, en période de vent.
-  Information des agriculteurs sur les risques qu’ils encourent et ceux qu’ils font encourir aux autres.
-  Être solidaires des collectivités qui s’orientent vers « Terre Saine », charte zéro pesticides.
-  Être solidaires des projets visant à limiter l’extension des exploitations agricoles qui se développent au détriment des plus petites, de l’installation des jeunes et de l’emploi.
-  Être solidaires de toutes les initiatives qui permettront une transition vers des filières agricoles n’utilisant pas de pesticides.

Nous pouvons remercier les deux médecins pour leurs apports et pour les réponses aux nombreuses questions et interrogations. Il y a encore quelques années, personne ne voulait dire que nous pouvions mourir par l’ingestion de pesticides, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous devons remercier les personnes qui ont fait part de leur vécu avec beaucoup de retenue et une énorme émotion. MERCI. Chaque participant pouvait repartir ce soir-là avec la nécessité de réfléchir à ce qu’il pouvait faire là où il vit pour que la vie humaine ne soit plus mise en danger par un trop plein de produits chimiques.

NB : Vous pouvez consulter le rapport du Sénat sur son site : .www.senat.fr.

Le rapport du Sénat dresse 5 constats :
-  Les dangers et les risques des pesticides sont sous-évalués.
-  La nécessité d’améliorer la procédure d’autorisation de mise sur le marché des pesticides et le suivi.
-  L’absence de protection contre les pesticides à la hauteur des dangers et des risques.
-  La nécessité de mieux cerner les limites des pratiques et des modèles industriels, commerciaux et agricoles.
-  Revoir le plan Ecophyto 2018 : conçu à la suite du Grenelle de l’environnement en 2008, l’usage des pesticides d’ici 2018 devait diminuer de 50 %.

La mission sénatoriale constate qu’au tiers de la réalisation du plan, l’usage des pesticides a progressé au lieu de diminuer !!!


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