Notion de socle et de couverture

lundi 23 avril 2012 par Pierre-André CHARLET (Administrateur)

D’Angoulême en allant vers l’est, la Charente angoumoisine devient limousine au-delà de Montbron qui ne peut marquer ce territoire sans frontières. Ces deux aspects ne seraient-ils pas le reflet d’une histoire géologique et vont-ils se retrouver dans les observations que nous allons faire pendant cette sortie titrée notion de socle et couverture ?

Partis du local de Charente Nature, nous rejoignons sur la place de l’Hôtel de ville de Montbron un autre petit groupe et c’est une quinzaine de participants qui sous une pluie fine de 11 novembre en ce début d’après-midi, vont bravement à la découverte de la notion de socle et couverture.

Après Montbron et quelques virages, nous traversons la Tardoire qui creuse ici le socle laissant dans le pré à gauche de la route un bloc granitique isolé à ne pas confondre avec un gros mouton endormi(sans rire !) En quittant à pied le parking, nous pénétrons dans une charmante petite vallée protégée étroite, assez rectiligne, humide, La Renaudie, par l’ancienne voie de chemin de fer du « Petit Mairat ».

D’anciennes carrières entaillent le flanc nord de la vallée et participent ici à la biodiversité des habitats : falaises siliceuses, pelouses siliceuses humides entre autres et abritent des espèces remarquables tel que ce petit amphibien, le sonneur à ventre jaune (Bombina variegata), ou cette espèce végétale la Pulicaire commune (Pulicaria vulgaris). Seule réserve naturelle volontaire de la région, classée ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique) l’ensemble de cette vallée ne pourrait que nous émerveiller mais aujourd’hui nous n’aurons d’yeux que pour l’ancien front de taille austère qui nous domine et risque de nous éloigner définitivement de la géologie tant la tâche parait bien difficile : les roches nous apparaissent verdâtres, noirâtres, grisâtres, tachées par des algues et champignons microscopiques et des lichens.

Falaises-M.CHEVALERIAS-Charente Nature

Toutefois une observation plus attentive des lignes de fractures, facilitée par une éclaircie bienvenue, montre des failles très nettes, de directions différentes et mêmes se recoupant. Sachant qu’une faille est une cassure dans une roche résultant du jeu de forces qui s’opposent nous pouvons imaginer les formidables affrontements qui ont eu lieu au sein du socle. Des plis courbent les roches et renforcent l’idée de compressions diverses subies par cette région.

Quand on ramasse des roches on observe à l’œil nu les minéraux. Nous rappellerons qu’un minéral est un assemblage rigoureux d’éléments chimiques. Aujourd’hui nous pouvons distinguer très facilement trois minéraux principaux : le quartz, le feldspath et le mica noir.

Le quartz forme des grains gris aspect brillant huileux, très dur. Le feldspath est plus allongé blanc. Le mica noir ou biotite est noir et brillant et se détache en fines lamelles. Les roches que nous trouvons ici et qui comportent ces trois minéraux sont des granitoïdes. La présence d’alignement minéral montre qu’ils ont été compressés et donc transformés.

Ainsi cet affleurement nous montre que le sous-sol est composé de roches métamorphiques principalement et de granitoïdes plus ou moins modifiés. Elles forment le socle continental sur lequel repose la couverture de roches sédimentaires que nous pourrions rencontrer dans le haut de la vallée. Pour comprendre l’histoire tourmentée de cette région du Massif Central nous devrons confronter nos observations à « la théorie tectonique des plaques » que nous pouvons résumer succinctement.

La croûte terrestre est formée de plaques (épaisses de quelques dizaines de km) qui « flottent » sur le manteau. Une plaque est souvent formée d’un continent et d’un fond océanique. Lorsque les plaques s’éloignent les unes des autres, il se forme un océan ; lorsqu’elles se rapprochent et s’affrontent, il se forme une chaîne de montagne. Ce mouvement des plaques terrestres ou tectonique des plaques est très lent, de l’ordre de quelques cm par an, imperceptible à nos yeux, visible si l’on compte en millions d’années, comme souvent nous le faisons en géologie ; à vos calculettes !

Donc les plis et failles que nous avons observés sont le fruit de compressions formidables ! Reste à connaître les coupables ? La réponse se trouve dans les documents de sortie et pour de plus amples explications rendez-vous à la prochaine sortie !!

La route monte maintenant vers Chatain-Besson et pour nous convaincre que nous sommes en montagne, à l’entrée du village une pancarte indique : « Col de Chatain-Besson 235 mètres ». D’ailleurs en redescendant vers Le Chambon, la route D163 étroite, en lacets, tortueuse confirme cette impression accentuée par la présence d’un brouillard qui ajoute au dépaysement mais rend impossible une lecture du paysage plus approfondie. Nous sommes en effet sur un socle ancien formé entre autres par les roches vues précédemment, daté de l’ère primaire. C’est ce qui reste du Massif Central aux précédentes allures jeunes et alpines (environ 5000 m d’altitude) juste après sa surrection puis l’érosion faisant son œuvre le transforma en quelques millions d’années en montagne à vaches…..

La carrière abandonnée que nous visitons près du Chambon confirme cette notion de socle primaire formé de roches granitiques et métamorphiques. Par des fissures l’eau s’infiltre et hydrolyse micas et feldspath ; d’ailleurs un écroulement récent de la falaise nous montre l’altération des roches et l’érosion à l’œuvre. Nous ne pouvons remonter dans nos voitures sans remarquer des plantes acidophiles encore fleuries tels que la linaire striée (Linaria striata) , le compagnon rouge(Lichnis silvestris) .

Après La Tricherie, le paysage change. Bien que notre visibilité soit réduite, nous nous déplaçons plus souvent en ligne droite et la route est quasiment plane : nous sommes sur la couverture sédimentaire et un dernier arrêt près de la carrière de calcaire de Vilhonneur nous confirme qu’une période de sédimentation à l’ère secondaire (au Jurassique) a déposé des couches d’un calcaire oolithique (car il est formé principalement de petits grains de carbonate de calcium cimentés) très apprécié pour la construction d’immeubles. La nuit nous surprend et si nous pouvons voir les gros blocs cubiques de plusieurs tonnes c’est à la lueur de la lampe électrique d’Edith que nous expliquons la formation des oolithes !!

Pierre-André CHARLET - Administrateur de Charente Nature, Responsable de la section "Géologie"


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