Les éphippigères charentaises

mercredi 23 avril 2014 par David NEAU (Salarié)

Ce mois-ci, zoom sur des sauterelles habillées d’une selle de cheval, une caractéristique à l’origine du nom tortueux de deux espèces d’orthoptères présentes en Charente : les éphippigères. Attention à ne pas inverser les syllabes ! Ephippi- de ephippium "couverture, selle de cheval" et -gère, pour gerere "qui porte", soit un insecte qui porte une selle de cheval. Si cette originalité est partagée par d’autres sauterelles comme les decticelles, la selle des éphippigères semble plus… confortable : une assise d’abord plate qui se coude brusquement. Une invitation pour s’installer tranquillement à la découverte de nos deux éphippigères charentaises.

C’était un Jeudi, dans la vigne…

Notre première cavalière s’appelle l’Ephippigère des vignes. Si le mâle atteint une longueur de 2,2 à 2,5 cm, la femelle paraît bien plus grande par la longueur de son oviscapte de 2,5 cm de long, qui double pratiquement la taille de son corps.

Ephippigère des vignes©D.NEAU La couleur fondamentale peut varier selon les individus et compte plusieurs teintes de vert, avec certains adultes jaunâtres et même bleutés. Associée à une tête ronde, la selle d’aspect rugueux, des yeux globuleux de couleur sombre et aux ailes atrophiées, cette combinaison de critères permet d’éliminer presque toutes les autres sauterelles. Pour confirmer son identification, une caractéristique est alors essentielle : la couleur de son occiput (le cou). Tête baissée, on voit parfaitement une ligne noire que l’Ephippigère des vignes est la seule à posséder, toute confusion devenant alors impossible.

Partons maintenant à sa recherche. Notre écuyère aime les milieux secs et chauds. En France, elle est présente sur l’ensemble de l’hexagone à l’exception de l’extrême-nord et de la Corse. En Charente, on la trouve dans les ourlets forestiers, les chemins de campagne entre boisements et cultures, les pelouses et autres jachères buissonnantes. Autant d’habitats où elle recherche sa nourriture en toute discrétion : feuilles de pissenlits et de ronces mais aussi moucherons, pucerons et chenilles. Généralement placide, le passage d’un naturaliste ou d’un prédateur ne suscite pas de vive réaction chez cette sauterelle qui compte sur son homochromie pour passer inaperçue. Tant de discrétion pourtant mise à mal durant la saison de reproduction où, à partir du mois d’août, le mâle fraîchement mature s’annonce à la femelle par une stridulation typique de l’espèce : "tsi-chipp" (choisissez l’enregistrement en hétérodyne). Ces sonorités, audibles à l’oreille humaine, ont valu à l’insecte quelques surnoms : le Jeudi en Charente et dans le Sud-Ouest de la France et le Tizi en Bourgogne.

Aujourd’hui, les Jeudis ont pratiquement disparus des vignes. Le temps des stridulations dans ces cultures serait-il révolu ? A force des traitements phytosanitaires particulièrement nombreux, bien rares sont les individus qui se risquent à justifier leur nom ailleurs que dans une vigne… biologique !

Pourtant, certains jardiniers estime l’Ephippigère des vignes comme étant un insecticide naturel qui consomme de petits insectes vecteurs de maladies. L’Ephippigère carénée est, elle aussi, friande de petits insectes. Mais à la différence de sa cousine, elle semble bien plus rare en Charente.

Une sauterelle malade ?

Au regard de sa physionomie, on pourrait effectivement s’interroger sur son état de santé : une selle boursouflée, des yeux blancs comme révulsés… Non seulement elle n’est pas malade, mais ces critères sont également d’une grande utilité pour éviter toute confusion avec sa cousine. Surtout, l’espèce n’a pas de noir sur l’occiput et les cotés de son pronotum (sa selle) sont carénés. Enfin, la femelle possède un oviscapte bien plus court que celui de l’Ephippigère des vignes. Atteignant seulement la moitié du corps, il est nettement retroussé.

Ephippigère carénée©L.DEBORDES

L’Ephippigère carénée est signalée dans le sud de la France (du Languedoc-Roussillon à l’Aquitaine) et sur la façade atlantique jusqu’en Pays de la Loire et dans l’Ille-et-Vilaine. En Poitou-Charentes, elle est considérée comme absente dans le département de la Vienne. Aussi discrète que sa cousine, elle fréquente les lisières et fourrés denses, les ronciers, les haies jusqu’aux talus des routes. Pour ce qui est de sa répartition dans notre département, des questions se posent. Si elle semble plus rare que l’Ephippigère des vignes, est-il possible qu’elle soit localement bien présente ? Peut-être d’avantage au sud du département ?

Si l’Ephippigère carénée se tient généralement dissimulée dans la végétation, ses stridulations permettent de déceler sa présence : un son monosyllabique, étiré, allant vers l’aigu (choisissez l’enregistrement en hétérodyne).

Ces espèces sont à rechercher dans nos prochaines sorties consacrées aux orthoptères de Charente, dans le cadre de la réalisation de l’atlas des orthoptères de Poitou-Charentes, un projet porté en région par Poitou-Charentes Nature, avec le soutien de l’Europe (FEADER), la DREAL et la Région Poitou-Charentes.

Bibliographie/Webographie :

* Bellmann H., Luquet G., 2009. Guide des sauterelles, grillons et criquets d’Europe occidentale. Les guides du naturaliste. Delachaux et Niestlé. 383 p.

* Dohogne R., 2013. Atlas de répartition des Orthoptères Phasme & Mante. Indre Nature. 196 p.

* http://tela-orthoptera.org/wakka.ph…, consultée le 18.04.2014.

* http://tela-orthoptera.org/wakka.ph…, consultée le 18.04.2014.

* http://aramel.free.fr/INSECTES9bis-…, consultée le 18.04.2014.


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