Ouvrage « Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur » - Essai - Edgar Morin

vendredi 9 septembre 2022 par charentenature

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Sylvie Caillaud – Notes de lecture – Août 2022

Ouvrage "Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur" - Essai - Edgar Morin" Cet essai publié en 2000 et traduit en plusieurs langues a été rédigé à la demande de l’UNESCO. Il propose une réforme de la pensée pour réformer l’enseignement et vice-versa.

J’ai trouvé cet ouvrage très complémentaire à nos échanges récents (Séminaire 2021 et journée cet été sur « Alterner pour apprendre »). On peut facilement faire des liens avec nos fondamentaux de l’éducation à l’environnement et à nos principes éducatifs.

Voici ce que j’en ai retenu.

Les cécités de la connaissance : l’erreur et l’illusion

L’éducation doit tenir compte du fait que l’erreur et l’illusion sont en toute connaissance, c’est le propre de l’homo sapiens, nous y faisons face depuis toujours.

Il y a des risques d’erreur dans toute connaissance, lors de la transmission de la connaissance, dans l’interprétation qu’on peut en faire quand on la réceptionne, car on la traduit, on y projette nos désirs de nos craintes.

Le développement de la connaissance scientifique est un moyen puissant de détection des erreurs mais il n’en est pas à l’abri.

Notre cerveau ne permet pas toujours de distinguer l’hallucination ou l’imaginaire du réel. On peut se mentir à soi-même, on peut être persuadé d’avoir vécu des souvenirs qui ne correspondent pas tout à fait à la réalité. De plus, notre cerveau résiste bien aux théories qui ne nous sont pas favorables…

La rationalité peut être un garde-fou contre l’erreur mais il faut l’utiliser avec précaution car il y a toujours la part de l’affect qui intervient, l’empreinte de notre culture peut aussi nous faire interpréter une connaissance.

Les croyances, les idées peuvent donc nous posséder, comme les mythes et les fantasmes. Il est important d’avoir conscience de ce qui nous habite pour vraiment « dialoguer avec nos idées les contrôler autant qu’elles nous contrôle ».

L’éducation doit permettre de lever le voile sur tout cela, que chacun en prenne conscience.

Les principes d’une connaissance pertinente

Pour qu’une connaissance soit pertinente il faut veiller à situer les informations dans leur contexte, aborder la complexité, le multidimensionnel. Il y a actuellement beaucoup de compartimentation des savoirs et on a du mal à appréhender ce qui fait sens ensemble. Plutôt que de séparer les idées, il faut voir ce qui peut les relier entre elles.

Enseigner la condition humaine

Il est important dans l’éducation de situer notre condition humaine dans le monde et d’intégrer que nous sommes à la fois dans et hors de la nature. Nous sommes à la fois animal et humain.

Notre pensée et notre conscience c’est ce qui a fait notre particularité d’humain mais nous nous sommes détachés de nos origines cosmiques et animales, elles nous sont devenues étrangères.

Chaque individu est particulier et les interactions entre individus produisent la société et tout ça fait sens parce que nous appartenons à la même espèce.

Dans l’éducation il faut prendre en compte que l’être humain ce n’est pas fait que de rationalité et de technique, il faut faire aussi appel à ce qu’il est d’autre. C’est un être complexe qui peut, par exemple, être à la fois rationnel et délirant.

Enseigner l’identité terrienne

C’est faire comprendre d’où nous venons, l’histoire de l’humanité, le chemin parcouru. Il y a eu un basculement quand on a pu relier les continents, ça s’est accompagné de progrès formidables mais,aussi de violences inouïes. La mondialisation a permis l’élévation des niveaux de vie de certains d’entre nous mais aussi une espèce d’uniformité, la balkanisation.

Cette mondialisation qui fait peur aussi et qui explique des mouvements de repli identitaire.

De plus, nous prenons actuellement conscience que nous sommes capables nous-mêmes de nous exterminer, nous comprenons que nous sommes en train de semer la mort écologique de la Terre, nous réalisons que la démocratie n’est pas définitivement assurée.

Dans toutes les sociétés il y a des « contre-courants » écologiques, contre l’uniformisation généralisée, contre la consommation de masse, pour la sobriété, pour l’émancipation des citoyens face à la tyrannie. Néanmoins pour l’auteur, la vraie transformation ne pourrait s’accomplir que si tous ces contre-courants s’unifiaient. Et il y a, malgré tout, des raisons d’espérer.

Il faut développer notre conscience terrienne, le fait que nous appartenons au même peuple sur la même Terre, une conscience anthropologique et écologique.

Affronter les incertitudes

Euripide a dit « les dieux nous créent bien des surprises l’attendu ne s’accomplit pas et à l’inattendu un Dieu ouvre la voie ».

Nous avons compris que le futur est imprédictible, mais l’histoire a montré que des choses parfois impensables, que nul n’aurait pu prévoir, peuvent arriver. De même, ce qui apparaît comme des « déviances » dans une société avec des pratiques qui change de la normalité, peuvent faire tâche d’huile et devenir la nouvelle norme !

Ces « déviances », ces nouvelles façons de faire sont bien sûr perçues comme des menaces pour les despotismes et les totalitarismes. Dans l’histoire, chaque évolution est le fruit d’une déviance réussie. Il faut bien désorganiser pour réorganiser.

« La connaissance est une navigation dans un océan d’incertitudes à travers des archipels de certitude », et il faut, dans nos méthodes éducatives qu’on permette d’affronter les incertitudes, d’accueillir l’inattendu.

Les certitudes doctrinaires sont parfois les pires car elles nous enferment. La connaissance quand on sait qu’elle est source d’erreur mais qu’on prend le temps de l’examiner, de la vérifier, de l’expérimenter, c’est un moyen incroyable d’avancer.

Pour être réaliste au sens complexe il faut tenir compte du fait qu’il peut y avoir encore de l’invisible dans le réel, il faut interpréter la réalité.

Quand on décide d’agir, il faut prendre en compte l’imprédictibilité, avoir conscience que mettre en place une action c’est un pari et qu’on n’est pas sûr du résultat, qu’il faudra peut-être modifier sa trajectoire. EM pense qu’il faut toujours avoir une stratégie.

N’oublions pas que parfois l’inespéré devient possible et se réalise, pour le meilleur et parfois pour le pire, mais il faut continuer d’œuvrer pour l’improbable.

Enseigner la compréhension

Les canaux d’information se sont multipliés sur terre et pourtant l’incompréhension demeure, c’est un problème crucial pour l’humanité.

Selon l’auteur, pour qu’il y ait une réelle compréhension il faut qu’il y ait une bonne réception de l’information et une explication et tenir compte du fait de notre condition humaine donc intégrer de l’empathie de la sympathie de l’émotion.

Et il y a plein d’obstacles à la compréhension de l’autre :

- l’ignorance des rites et des coutumes de l’autre,

- l’incompréhension des valeurs, à quoi obéissent les autres, les croyances les religions,

- l’impossibilité pour certains de comprendre les idées des autres parce qu’elles sont trop différentes ou parce qu’elle ne se « pensent » pas de la même façon.

Mais il y a aussi les obstacles intérieurs, propres à chacun de nous comme l’égocentrisme qui peut entrainer une incompréhension de soi, qu’on ne reconnait pas nos erreurs et nos faiblesses et qu’on est impitoyable sur les carences et les faiblesses d’autrui.

Il y a aussi l’ethnocentrisme (ou sociocentrisme) qui nourrit tous les racismes et la méfiance vis-à-vis de l’étranger.

L’esprit réducteur qui consiste à juger d’après un seul élément sans prendre en compte la complexité de l’ensemble, le contexte.

Pour contrebalancer tout ça l’auteur pense qu’il faudrait élever l’éthique de la compréhension au rang d’art de vivre pour essayer de comprendre ce qui peut paraître incompréhensible, essayer de comprendre l’autre malgré nos différences.

Comprendre ça n’est pas excuser, ça n’est pas accuser, mais peut éviter de condamner à mauvais escient.

Pour y arriver il y a plusieurs facteurs :

- Appréhender le contexte (exple : le local et le global, le multidimensionnel…)

Pratiquer l’autocritique : comprendre et admettre nos propres faiblesses aide à mieux comprendre celles des autres

- Avoir bien conscience de la complexité humaine et essayer de ne pas réduire une personne ou un peuple à un fragment de son passé ou à une seule situation

Et bien sûr la tolérance qui fait qu’on accepte que soient exprimées des idées et des convictions qui peuvent être contraires aux nôtres. C’est difficile mais il faut intégrer que même dans une idée qui est antagoniste à la nôtre, il y a une vérité qu’il faut comprendre pour avoir conscience des possessions humaines, des idéologies, des idées.

L’éthique du genre humain

Pour l’auteur, la triade - Individu - espèces - société

est très importante. Ce sont les interactions entre ces 3 pôles qui font notre genre humain, « tout développement du genre humain signifie développement conjoint des autonomies individuelles, des participations communautaires, et du sentiment d’appartenance à l’espèce humaine ».

La démocratie est donc un outil indispensable car c’est là où les individus et la société peuvent s’épanouir et s’entre réguler dans le respect des règles démocratiques.

La démocratie a besoin de diversité et d’antagonisme.

Nos démocraties actuelles sont en perte de vitalité, elles sont fragiles, elles régressent.

Dans un monde ou les sciences, la sur-spécialisation sont la règle, le citoyen a perdu le droit à la connaissance, qui ne semble accessible que grâce aux études et réservée à des élites.

La politique devient technique et s’est éloignée du citoyen, c’est le règne de la techno bureaucratie, des experts dans tous les domaines, même dans les décisions et les discussions politiques. Les citoyens sont en perte de repères, avec un repli sur soi, sur la vie privée, entrecoupé de révoltes violentes et de périodes d’apathie.

Le chantier est vaste, nos démocraties sont à régénérer alors que d’autres démocraties sont à générer et qu’il faudrait en plus engendrer une démocratie à l’échelle de la terre ! Et avoir la conscience de notre « terre patrie ».


Documents joints

Les sept savoirs

9 septembre 2022
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