Pesticides : la désinformation du député MESNIER

vendredi 27 septembre 2019 par charentenature

Par le groupe Santé Pesticides

Monsieur le député MESNIER, sur Facebook (1), s’attribue la médaille du bon sens paysan et de la défense de la démocratie pour accuser le Maire de La Couronne de semer la peur. Diable, quelle hache de guerre aurait-il déterrée ? Tout simplement un arrêté municipal interdisant l’utilisation de pesticides « à moins de 150 mètres (100 mètres dans certaines conditions) de toute parcelle comprenant un bâtiment à usage d’habitation ou professionnel ». Son crime est surtout d’affirmer que le projet de décret du gouvernement imposant des distances de 5 ou 10 mètres des habitations…n’est pas proportionné aux risques encourus par la population.

Quels sont donc ces risques ? Ils ne sont malheureusement pas abordés par Monsieur MESNIER, pourtant médecin, qui les écarte d’un revers de phrase : « il n’est pas question de discuter ici des effets des pesticides sur la santé. ». C’est pourtant bien le sujet.

Chez l’adulte, l’expertise Inserm de 2013 montrait un lien fort (c’est à dire un niveau de preuve scientifique élevé) entre l’exposition de la population aux pesticides et la maladie de Parkinson. Dans l’étude la plus robuste, la notion de résidents était définie par le fait d’habiter dans un rayon de 500 mètres des zones d’épandage. Plusieurs études sont venues confirmer ce lien, dont une étude française parue en 2017, qui montre que le risque de contracter une maladie de Parkinson augmente avec la proportion de terres dédiées à l’agriculture dans le canton de résidence. Dans les cantons les plus denses en vignoble le risque semble augmenté d’environ 10 %.

Chez les enfants, le lien entre exposition aux pesticides pendant la grossesse et troubles du neuro-développement est également établi par l’Inserm avec le même niveau de preuve. Lien confirmé aussi par plusieurs études retrouvant, pour la dernière parue, des augmentations de risque de 10 à 40 % selon les produits et jusqu’à 2 kilomètres de la source d’exposition.

Dire cela ce n’est pas accuser : c’est simplement exposer des faits qui rappellent d’ailleurs que le même type de pathologies sont mises en évidence chez les agriculteurs et leurs enfants exposés pendant la grossesse. L’étude PELAGIE démontre que l’exposition, dans la petite enfance, à des insecticides très répandus (les pyréthrinoïdes), est associée à des troubles des fonctions cognitives. Ajoutons que, compte tenu de ce que l’on sait en cas d’exposition domestique, des doutes existent quant au risque de tumeurs cérébrales et de leucémies, deux pathologies malheureusement mises en évidence chez les enfants d’agricultrices exposées pendant la grossesse.

Outre le fait que le doute existe sur l’indépendance de l’ANSES, de cet « état de la science » il n’est malheureusement pas question dans son avis paru en juin 2019. Et c’est bien le principal reproche que nous lui faisons. Si Monsieur MESNIER avait lu cet avis il serait plus prudent. En effet, dans sa conclusion, l’ANSES elle-même estime que « les distances de sécurité pour limiter l’exposition des résidents devraient être au moins égales aux distances préconisées lors de l’étude des dossiers d’Autorisation de Mise sur le Marché, ou supérieures par mesure de précaution en particulier pour les produits classés cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction (CMR) ». Or ces derniers représentent environ 40% des pesticides.

D’autres données, nullement discutées elles non plus, doivent être prises en considération : la présence de pesticides dans l’air en Nouvelle Aquitaine (rapport ATMO 2019). Dans le Médoc, elles remettent en cause les conclusions du rapport ANSES de juin 2019 concernant les distances de sécurité, les niveaux de contamination de l’air correspondant à plusieurs fois les niveaux admis dans l’eau potable pendant plusieurs semaines en plein été, et à plusieurs centaines de mètres des vignes. Les données dans le cognaçais, si elles montrent des taux moins importants de pesticides dans l’air, conduisent cependant elles-aussi à des contaminations non négligeables.

Monsieur le Député nous livre les fruits du travail acharné du gouvernement qui n’aurait pas attendu les arrêtés pris ici et là….. Des distances de sécurité dérisoires à ajuster au niveau local dans le cadre de chartes dont il se garde bien de dire qu’elles seront élaborées par les organisations syndicales représentatives ou par les chambres d’agriculture, comme on peut le lire dans le projet de décret. Un peu comme si on avait demandé aux industriels de l’amiante le soin de définir les règles de bonne utilisation de leurs produits.

Le groupe Santé-Pesticides partage avec monsieur le député MESNIER la nécessité de recourir à la clairvoyance et au courage, sans démagogie aucune.

Pour l’Alerte des Médecins sur les Pesticides (AMLP) de Charente, Dr Louis-Adrien DELARUE Dr Jean-Louis LEVESQUE

Pour Charente Nature, Michel HORTOLAN

Pour UFC Que Choisir Charente, Jacques BRIE

Pour Vigilance OGM et Pesticides16, Michel MENANT

(1) https://www.facebook.com/notes/thom…


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