Portraits de cardamines

mardi 10 mai 2016 par charentenature

Les pluies glacées de mars sonnent la fin de l’hiver. Ici et là, primevères, ficaires, violettes exhibent fièrement leurs premières corolles. Le printemps tant attendu se prépare en secret.

Parmi ces belles printanières, de nombreuses cardamines appartenant à la famille des Brassicacées sont souvent en tête de cortège. La cardamine des prés, appelée aussi cressonnette, est sans doute la plus fréquente. Mais le sont-elles toutes autant en Charente ?

Si la cressonnette se remarque facilement le long des sentiers humides, au bord des ruisseaux, et surtout dans les prairies que les pluies hivernales ont engorgées, il n’en est pas de même pour deux espèces bien plus rares : la dentaire à bulbilles et la cardamine à sept folioles.

Leur nom vernaculaire « dentaire », vient du latin « dens », en raison de l’aspect de leurs rhizomes chargés d’écailles pareilles à des dents, d’où leur utilisation, autrefois, pour soigner les maux de dents.

La dentaire à bulbilles (Cardamine bulbifera) est une espèce vivace à souche charnue, écailleuse, et à tige non rameuse de 30 à 60 cm munie de deux sortes de feuilles : les basales à 5 à 7 folioles dentées et pétiolées, les caulinaires opposées, parfois à 3 folioles, le plus souvent simples et sessiles, portant à l’aisselle une bulbille violet noir tombant à maturité. Les fleurs blanches, parfois rosées, en grappes donneront des siliques (fruits) de 3 cm n’arrivant que rarement à maturité. Les bulbilles assurent la reproduction végétative.

Elle fréquente le plus souvent les sous-bois de feuillus, mais parfois les chemins ombragés. Cette crucifère de répartition nord-atlantique possède dans notre région ses stations les plus méridionales des plaines de France. Elle figure dans les herbiers de Louis Duffort (pharmacien à Angoulême) à la date d’avril 1881, de James Lloyd (botaniste de l’ouest de la France) en 1848, de François-Emile Boutineau (pharmacien à Thouars), en 1869.

Cardamine bulbifère©Albert BRUN

La cardamine à sept folioles (Cardamine heptaphylla) est aussi une espèce vivace à rhizome écailleux. Sa tige de 30 à 60 cm, simple, glabre, porte des feuilles de cinq à neuf folioles, opposées, lancéolées et irrégulièrement dentées. Ses fleurs blanches, roses ou violacées, sont regroupées en grappes lâches. Elles donneront des siliques de 4 à 8 cm aplaties et dressées.

Cette belle cardamine croît surtout en montagne dans les hêtraies, hêtraies-sapinières au-dessus de 700 m d’altitude. Elle se rencontre aussi dans les forêts de pentes, de ravins à tilleuls et érables, sur éboulis moussus et sur sols caillouteux calcaires en situation ombragée ; en Charente, cette espèce montagnarde est en aire disjointe, les stations les plus proches se trouvant dans le Massif central. En mars, le bois de pente qui l’accueille en région cognaçaise arbore les magnifiques tons de rose que dispense son abondante floraison.

Cardamine à sept folioles©Albert BRUN

Ces deux cardamines sont protégées et inscrites sur la liste rouge de la flore menacée dans notre région.

Chaque printemps, qu’elles soient en abondance ou discrètes, elles apportent toujours leur note de fraîcheur et de beauté à la nature en éveil.

Sources : H. Coste - Flore descriptive et illustrée de la France, de la Corse et des contrées limitrophes

Rameau J.-C. Manson D. & Dumé G. – Flore forestière Française

Site internet : herbiertourlet.univ-tours.fr


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