GrandAngoulême et Calitom : projet en commun de traitement des ordures ménagères résiduelles

mercredi 10 juillet 2013 par charentenature

GrandAngoulême a pris la décision (souhaitée par Charente-Nature) de fermer son incinérateur à La Couronne, en 2017. Calitom a besoin de traiter la part des ordures ménagères résiduelles, non prises en compte par le nouveau centre de traitement mécano-biologique de Ste-Sévère.

Ensemble les deux collectivités ont engagé une réflexion sur un outil commun de traitement des déchets pour environ 40 000 tonnes/an.  Lors de la dernière réunion de la Commission Consultative du Plan Départemental d’Elimination des Déchets Ménagers, Charente Nature a exprimé son souhait d’avoir des informations sur l’état de la réflexion des deux collectivités avant qu’une décision définitive soit engagée.

GrandAngoulême et CALITOM ont invité Charente Nature à une rencontre le 28 Mars 2013. En présence du bureau d’études, l’association a été informée de l’avancement des réflexions sur le nouvel équipement de traitement des Ordures ménagères résiduelles (sacs noirs) à horizon 2017.

Trois scénarios nous ont été présentés, ainsi que les critères de comparaison : A/ Méthanisation et CSR (combustible solide résiduel) ; B/ Stabilisation aérobie et CSR ; Bbis/ Stabilisation chimique et CSR.

Nous tenons à remercier les collectivités pour cette invitation et l’état d’esprit de confiance dans lequel s’est tenu cette rencontre.

Le rôle de Charente Nature

Il se décline en trois objectifs :

1) Provoquer la réflexion et le débat au sein de Charente Nature en lien avec l’orientation forte, portée depuis plus de 10 ans par le groupe prévention déchets, qui est celle de la priorité au déchet évité et du respect de l’environnement.

2) Informer la population sur les enjeux liés à cet équipement et animer le débat public.

3) Etre un interlocuteur exigeant du GA et de CALITOM, partenaires institutionnels avec lesquels nous travaillons depuis longtemps, dans une position de critique constructive.

Le constat 

Concernant les 3 scénarios présentés :
- La méthanisation est inadaptée car elle doit être alimentée par des bio-déchets ce qui n’est pas envisagé dans le projet et est incompatible avec la priorité donnée au compostage par les deux collectivités.
- La stabilisation aérobie bénéficie d’une expérimentation un peu plus ancienne et mieux suivie.
- La stabilisation chimique est au début de son expérimentation, sans réel suivi scientifique, sans réelle garantie de coût et de bon fonctionnement dans le temps. Il n’y a pas de traitement satisfaisant des déchets !

Dans les trois cas il y a production d’un CSR à usage de combustible, mais il reste 50 % de déchets secs, sans odeur parce que sans production de méthane, à enfouir. Les coûts de l’outil industriel sont importants et le coût le moins élevé concerne le procédé le moins fiable. Les taux de valorisation restent très bas. La rentabilité est, comme dans tout process industriel, liée au tonnage, ce qui n’incite pas à diminuer la production de déchets. Le bilan carbone n’est pas satisfaisant. Les volumes à traiter, prévus par les études dans les années à venir, laissent à penser que la prévention, la réduction à la source de la production de déchets ne sont que de faibles variables d’ajustement qui jouent à la marge…

Le point de vue de Charente Nature

Nous sommes conscients que Grand-Angoulême et Calitom ont la volonté de prendre en compte l’aspect prévention et ont déjà posé des actes dans ce sens depuis plusieurs années et nous reconnaissons les efforts particuliers qui ont été faits en Charente.

Les sommes consacrées par Calitom à l’animation des territoires, au compostage et à la recyclerie représentent 2,8% du budget total. Concernant Grand-Angoulême, l’étude du budget de la collectivité laisse à penser que la part consacrée à la prévention est moindre.

La prévention, malgré les choix courageux faits en Charente et la pertinence des actions développées par les collectivités et les associations, ne touche qu’une faible proportion des Charentais. Pour avoir un impact significatif sur les tonnages, seuls des moyens suffisamment conséquents permettront de toucher tous les charentais en passant par des opérations symboliques ou témoins à des actions de masse.

Nous comprenons la nécessité pour les élus d’assumer leurs responsabilités en anticipant la mise en place d’un équipement qui répond aux quantités prévisionnelles d’OMr dans un scénario réaliste à l’horizon 2017.

Nous notons que les deux institutions ont confirmé que la réalisation de ce nouvel outil industriel ne remettrait pas en cause leurs politiques de prévention des déchets.

Ainsi, pour Charente Nature, le scénario avec stabilisation aérobie et CSR est le mieux noté mais par manque de pertinence des deux autres. Là s’arrête notre approbation. Il ne s’impose que parce qu’il présente le moins de risques techniques !

Les industriels et les distributeurs qui continuent à produire des objets jetables, l’obsolescence programmée, les productions inutiles, les emballages non recyclables….continuent à perpétuer la nécessité d’industrialiser le traitement des déchets. L’industrie de la production alimente l’industrie des déchets dans un domaine où « la désindustrialisation » serait plus vertueuse pour l’environnement mais aussi pour l’emploi.

Les propositions de Charente Nature.

La réaffirmation par GA et CALITOM de poursuivre et d’amplifier les politiques de prévention : sensibilisation à la consommation responsable, compostage des fermentescibles et des déchets verts, lutte contre les gaspillages… est une orientation très importante car nous savons que tout process industriel développe une logique qui va à l’encontre de cette prévention : seuils quantitatifs de rentabilité, volume des équipements, déresponsabilisation des producteurs et des consommateurs devant le « trou noir » de l’usine qui fait disparaître « miraculeusement » les déchets ! Ce point est au cœur de notre réflexion.

Pour l’association, il est nécessaire d’accentuer cette orientation et d’avoir :

- Des objectifs, clairs et affichés, de diminution des déchets produits pour pouvoir interpeller concrètement la chaîne de la consommation (du consommateur au producteur) et tendre vers une production et une consommation responsables.

- Une volonté farouche de prévention en affectant systématiquement les gains issus de la diminution des tonnages de déchets à traiter à cette politique de prévention. Nous proposons aux collectivités de consacrer à la prévention 5% de leur budget, dans les 3 à 4 ans à venir.

Ce parti-pris permettrait :

- d’envisager des projets prenant en compte la nécessaire action éducative massive auprès de tous les charentais, individus et institutions.
- de développer des actions diversifiées dans les domaines du compostage, de la lutte contre le gaspillage alimentaire, de la consommation responsable (en qualité comme en quantité).
- de rechercher de nouvelles formes d’interventions auprès de la population.

L’enjeu est de dépasser la cible du public sensibilisé et facile à convaincre pour s’adresser aux publics aujourd’hui indifférents car peu conscients des enjeux pour l’avenir. De plus, la mise en œuvre d’une telle politique est le seul argument face aux oppositions qui ne manqueront pas de s’affirmer lors de la procédure pour l’implantation et la mise en œuvre du nouvel équipement.

Enfin, outre cette orientation fondamentale nous exprimons deux souhaits pour le cahier des charges du futur équipement :

- de rechercher un procédé industriel qui réalise le meilleur tri, garantisse un CSR le plus important possible en quantité après tri et donc un enfouissement minimum pour un coût minimum.

- d’obtenir un coût de fonctionnement qui diminue si les tonnages traités baissent.

Nous nous interrogeons sur la pertinence de lancer un appel d’offre sur les bases d’un seul procédé identifié à l’avance ! Ne serait-il pas préférable de procéder de façon plus ouverte à partir d’un cahier des charges exprimant clairement les attentes des collectivités ?

Fait à Angoulême, le 31 mai 2013


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