ROBERT BEGAY 1927 - 2016

jeudi 17 mars 2016 par Gaston HEUCLIN (Administrateur)

Robert Bégay a été professeur d’anglais et sa carrière s’est déroulée dans sa majeure partie à Ruelle, d’abord au Lycée Municipal. Cet établissement qui flanquait la mairie évoquera certainement des souvenirs à ceux qui l’ont fréquenté, avec sa cour plantée de tilleuls qui sentaient bon à la floraison, d’autant plus que c’était avant-coureur des grandes vacances. Puis, à partir de 1969, au Collège d’Enseignement Secondaire, au sommet de la colline de Puyguillen. Un observateur superficiel, sensible aux apparences, n’aurait vu qu’un collègue réservé, d’une jovialité mesurée, de comportement agréable. Mais il aurait fallu voir, au-dessus du sourire, le regard aigu et le plissé de la paupière. Car l’homme était complexe. Attaché à ce qui pour lui était l’essentiel, il tenait tout le reste pour négligeable. L’essentiel, c’était l’esprit des choses, en tout. C’était l’esprit de la langue, plus que les recettes familières du langage ; et, comme pour toute langue, sa littérature. Un de ses anciens élèves, qui a fait de brillantes études d’anglais, disait que Robert Bégay était un des professeurs qui lui avaient donné la passion de cette langue. L’essentiel, c’était de comprendre les élèves, plus que de les considérer comme des machines à apprendre. Aussi avait-il une grande acuité de jugement lorsqu’en conseil des professeurs il analysait tel ou tel cas. Et rien ne l’insupportait autant ̶ lui si calme ̶ que d’entendre des affirmations péremptoires, des condamnations définitives, qui risquaient de mettre hors circuit un élève, faute de satisfaire à telle norme. Il avait donc, d’une façon très générale, le sens du relatif et une grande prudence à l’égard des choses humaines. Nous ne nous y trompions pas. Pour beaucoup de personnes, la venue de la retraite est un tournant dans une vie, et, souvent, le passage à de nouvelles activités. Ce ne fut pas le cas pour Robert Bégay. Certes, il dut mettre un terme à sa vie professionnelle, mais il ne perdit pas pour autant le contact avec l’anglais qu’il avait enseigné et qui lui fut d’une grande utilité dans ce à quoi il pouvait maintenant se consacrer pleinement : les sciences de la nature

Il y avait déjà longtemps qu’il étudiait, avec son grand ami André Terrisse, la botanique et la mycologie. En mycologie, il joua notamment un rôle prépondérant à la Société Botanique du Centre-Ouest (SBCO), dont il alimenta le bulletin annuel de nombreux articles d’un intérêt soutenu ; et quand, à la fin des années 1980, Guy Dupuy créa la Société Mycologique de l’Ile d’Oléron (SMIO) il en fut l’un des fondateurs et même le premier président, y apportant ses grandes connaissances et son habileté diplomatique, dont avait bien besoin une jeune association qui ne suscitait pas que des enthousiasmes. Mais aussi et surtout, dès que fut créée l’Association Charente Nature, il s’empressa d’y adhérer et ne tarda pas à en devenir un solide pilier, jusqu’à en être vice-président. Alors qu’il existait dans la plupart des départements voisins des Sociétés Mycologiques, il n’y avait en Charente aucune structure dans ce domaine. Ce fut aussitôt pour Robert Bégay une évidence d’apporter son concours quand un petit noyau de volontaires entreprit de créer au sein de Charente Nature une Section Mycologique. Très vite il en devint la référence scientifique et c’est tout naturellement qu’il en prit la tête lorsque mourut son premier responsable, Roger Perchaud. Puis, quand de Paris arriva un mycologue d’excellence, Adrien Delaporte, il pensa qu’il serait plus utile en se spécialisant dans des domaines peu fréquentés : les myxomycètes et surtout la lichénologie où il se hissa très vite au plus haut niveau national, comme l’atteste l’hommage que ses pairs lui ont adressé à l’occasion de son décès. Nos lecteurs pourront d’ailleurs se faire une idée des compétences de Robert Bégay en myxomycètes et en lichens en consultant les deux beaux chapitres qu’il leur a consacrés dans le livre Champignons de Charente édité par Charente Nature.

On ne saurait mettre un terme à tout portrait d’un être humain : ce que l’on en dit est toujours bien en-dessous, et c’est particulièrement valable en ce qui concerne Robert Bégay. Tout ce qui vient d’être rapporté va-t-il nous donner l’impression d’un personnage à facettes ? Sans doute non, tous les éléments de sa personnalité étaient tellement fondus qu’il était le même quel que fût le milieu. On reconnaissait partout cette complexité mêlant des éléments en opposition. C’était cette pudeur qui lui interdisait le fracas, la médisance et la raillerie, mais aussi un esprit libre, aimant l’originalité qu’il se plaisait à cultiver ; c’était le côté épicurien, amateur de bonnes choses ̶ en particulier les champignons qu’il apprêtait avec une magnifique simplicité ̶ mais un épicurisme qui ne dédaignait pas l’effort, intellectuel ou physique. On se rappellera qu’il est allé retrouver, à vélo, un de ses fils à Hildesheim, ce qui lui, valut un article dans la Hildesheimer Allgemeine Zeitung, avec une photo le montrant tenant à la main une bonne vieille bécane, et le visage empreint d’un fin sourire énigmatique,

A Charente Nature, et bien au-delà, ceux qui ont connu Robert Bégay garderont le souvenir d’un personnage, au physique comme au moral, tout en rondeur, aimable compagnon et en même temps passeur scrupuleux, mais sans affectation, des valeurs auxquelles il était attaché.

Claude PARIS et Gaston HEUCLIN

Robert BEGAY©Didier BEGAY


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