Sixième ou septième continent ?

jeudi 27 novembre 2014 par charentenature

Rappel historique . Au printemps 1997, le navigateur Charles Moore traverse par hasard le lent tourbillon subtropical du Pacifique Nord. Soudain, voilà son bateau entouré d’une quantité de bouteilles en plastique, brosses à dents, sacs, casquettes, jouets d’enfants, dérivant dans le sens des aiguilles d’une montre.

Il vient de découvrir "the Great Pacific Garbage Patch" ("la grande zone de détritus du Pacifique"), aujourd’hui tant décriée. En août 1998, il retourne sur place avec un chalut pour prélever des échantillons. Il estime à l’époque que ce "vortex de détritus" est constitué d’environ 3 millions de tonnes de déchets en plastique.

"SIXIÈME CONTINENT"

A l’automne 2006, le bateau de Greepeace Esperanza fait un nouvel état des lieux. En route, l’équipage découvre que les plages de Hawaï, à la périphérie du tourbillon, sont jonchées de plastique : bouées, casiers à poissons, balles, briquets, bouteilles, casques d’ouvriers, jerricanes, boîtes diverses, caisses de bière, pots de fleurs, enseignes, fusibles, blocs de polystyrène, couvercles, rasoirs jetables, boîtiers de CD, etc.

Si les océans et les mers ont toujours été une poubelle de choix pour les hommes – selon l’ONG Oceana, on y jette 675 tonnes d’ordures chaque heure –, leurs eaux et les algues finissaient par dégrader et annihiler les détritus. Mais pas le plastique. Aujourd’hui, la grande zone de détritus du Pacifique est estimée à la taille de l’Etat du Texas, voire de l’Europe centrale – d’où son surnom : le "sixième continent". Mais depuis 2010, on en a identifié un septième, étudié régulièrement en 2012 et 2014 par des missions scientifiques de différentes ONG.

Plus qu’un continent, ces amas ressemblent à une gigantesque "soupe de plastique". Par exemple, il faut savoir que les Américains consomment 2.5 millions de bouteilles en plastiques par heure et 25 milliards de tasse à café en polystyrène par an.

Des millions de tonnes de déchets venus des côtes et des fleuves flottent dans les cinq principaux gyres répartis dans tous les océans. Lentement aspirés par la force de centripète, ces déchets, qui peuvent mettre plusieurs années à s’agglutiner, ne ressortent alors plus jamais des gyres (tourbillons).

Si l’image du "continent" marque les esprits, la réalité rend compte plus précisément d’une multitude de fragments, de micro-plastiques - d’un diamètre inférieur à 5 mm - et de macro-déchets éparses. Une pollution sournoise en suspension à la surface, qui peut s’enfoncer jusqu’à 30 mètres de profondeur.

C’est en filtrant l’eau que l’on découvre une mixture composée de petits morceaux de plastique qui se sont fractionnés mais aussi des granulés de plastique qui sont utilisés comme matière secondaire pour fabriquer les objets en plastique. En certains endroits, la quantité de plastique dans l’eau de mer est jusqu’à 10 fois supérieure à celle du plancton, maillon élémentaire de la vie dans les océans (Charles Moore, Algalita Foundation) ! On parle alors de "plancton plastique"

Voilà ce qu’on obtient lorsqu’on filtre l’eau dans la zone où la pollution s’accumule. Les déchets sont photodégradés en particules de plus en plus petites. Mais leur volume total est considérable.

Un "continent" de déchets mortels

Ce qui pose problème c’est le temps nécessaire à la dégradation de ces plastiques (estimé entre 500 et 1000 ans) et la toxicité des éléments qui les composent. Ainsi, Greenpeace estime qu’à l’échelle de la Terre, environ 1 million d’oiseaux et 100 000 mammifères marins meurent chaque année de l’ingestion de plastiques. Selon des scientifiques américains de l’Institut Océanographique Scripps, 3 poissons sur 10 ont ingéré du plastique dans le Pacifique Nord, soit 24 000 tonnes de plastiques boulottées par les poissons chaque année dans cette zone.

Rebecca Asch, chercheuse à l’Institut Océanographique Scripps indique que "dans cette zone la plupart des morceaux de plastique sont très petits. Les déchets ont été dégradés par la lumière du soleil et les courants océaniques. Donc ça n’a rien à voir avec une bouteille ou un sac en plastique. Ce sont des tous petits morceaux de plastique de la taille d’un confetti (largeur inférieure à 5 mm). En fait ils ont la même taille que le plancton dont se nourrissent les poissons. C’est pour ça qu’ils mangent le plastique, c’est parce qu’ils le confondent avec du plancton."

Ce "continent" attire des animaux marins comme les pélicans et les tortues marines dont l’espérance de vie se trouve alors diminuée. Au total, plus de 267 espèces marines seraient affectées par cette soupe colossale de déchets selon le rapport de Greenpeace.

Enfin, ces grains de plastique agissent comme des éponges, fixant de nombreuses toxines dont des polluants organiques persistants (POP), connus pour leur nocivité et leur capacité à voyager autour du globe. Ainsi, Bisphénol A, phtalates, DDT et PCB se retrouvent dans ces morceaux de plastique à des concentrations jusqu’à 1 million de fois supérieures aux normales !

L’expédition 7e continent

En mai 2013, une équipe de professionnels de la mer menée par Patrick Deixonne, Président d’OSL et membre de la Société des Explorateurs Français, s’est rendue sur place pour effectuer des prélevements, évaluer l’importance du 7e continent de déchets et sensibiliser l’opinion publique à cette catastrophe écologique silencieuse.

En Mai 2014, à nouveau, les missions de recherche et d’étude de ce phénomène complexe ont repris.

Que pouvons-nous faire pour ne pas contribuer à ce "continent" de déchets ?

Chaque année, environ 250 millions de tonnes de plastique sont produits et plus de 10% se retrouveront dans l’eau, faute de filière de traitement. Or, leur durée de vie peut atteindre 1000 ans !

Et les plastiques biodégradables ne représentaient en 2012 que 0,27% de la production mondiale… Dans ces conditions et en l’absence de mesure radicale, le gyre du Pacifique Nord pourrait atteindre la taille de l’Europe d’ici une vingtaine d’années…

Malheureusement, le nettoyage de cet océan de déchets semble insurmontable, la superficie à couvrir est trop importante et les coûts seraient colossaux selon Marcus Eriksen, directeur de recherche et d’éducation à la Algalita Marine Research Foundation : "il n’y a rien que nous puissions faire maintenant, à l’exception de ne pas faire plus de mal."

En attendant d’avoir plus d’éléments corroborant l’ampleur de ce phénomène - notamment par des photos à grande échelle, aujourd’hui introuvables sur les nappes de déchets plastiques - plusieurs missions ont été lancées à l’assaut du "continent de déchets" comme celles de l’Algalita Marine Research Foundation, le projet Kaisei, et celle du CNES.

Article du "Monde" paru dans le journal "Le Céphale" n° 28 - Automne 2014 de l’association PERERNNIS

La totalité de l’article du monde : http://www.lemonde.fr/planete/artic…


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