Une grenouille en hiver

vendredi 15 janvier 2016

Un vent glacial, de l’eau gelée, parfois un manteau neigeux… l’hiver n’offre pas les meilleures dispositions pour la reproduction. En cette période de l’année, la très grande majorité des espèces passe le plus clair de leur temps à manger ou dormir. Mais la nature garde son lot de téméraires dont le froid ne calme pas les ardeurs. Chez les chauves-souris, certains individus de Murin de Bechstein s’accouplent alors que d’autres hibernent et la Gagée de Bohême, petite fleur jaune que l’on rencontre dans la vallée du Pressoir en Deux-Sèvres, fleurie au cœur de l’hiver.

Si cette activité est remarquable, elle est d’autant plus saisissante chez la Grenouille rousse, où les individus s’adonnent à leurs débats amoureux dès le mois de décembre.

Une espèce discrète

Batracien de taille moyenne (environ 10 centimètres), la Grenouille rousse présente un profil de tête busqué, avec un museau court et une robe très variable, du brun au gris selon les individus. Elle possède également une tache noire plus ou moins marqué à l’arrière de l’œil. Attention, ce n’est pas la grenouille illustrée dans les photos naturalistes, posée à l’affût sur une feuille de nénuphar, il s’agit là de la Grenouille verte. Notre Grenouille rousse préfère les milieux boisés, herbeux, sauf en période de reproduction où elle s’accommode d’une grande diversité d’habitats en eau : fossé, mare, queue d’étang, lande humide… Le reste de l’année, elle mène une vie secrète dans l’humus et recherche sa nourriture principalement la nuit.

Grenouille rousse©Eric PRUD'HOMME

Des œufs glacés

L’originalité de la Grenouille rousse réside en sa résistance au froid, l’emmenant vers les plus hautes altitudes connues pour un amphibien : jusqu’au 2600 mètres dans les Pyrénées. Son hibernation est également relativement courte, environ trois mois, voire même inexistante par hiver doux. Alors que les autres grenouilles sont inactives, le mois de décembre sonne le début des hostilités pour nos premiers mâles de Grenouille rousse qui entament leur migration prénuptiale vers des sites de copulation. Les femelles arrivant, elles sont aussitôt courtisées avant de s’accoupler avec l’un d’entre eux. La température de l’eau est alors un facteur déterminant pour la ponte et doit atteindre au minimum 4 degrés, auquel cas la femelle expulse en moyenne 3000 œufs en amas globuleux, généralement libres de tout support et flottant à la surface. Il est fréquent que les gelées pétrifient les œufs et certaines pontes peuvent même être détruites.

Le froid : ami ou ennemi ?

Une question se pose : pourquoi la Grenouille rousse est-elle la seule à être véritablement active dès le mois de décembre alors que ses cousines le sont plus tard dans l’année ? Tout est une question de stratégie. En hiver, la nourriture se fait rare et la vie sauvage tourne au ralenti. S’il y a peu de proies, il y a également peu de concurrence entre les espèces et surtout moins de risques d’être capturée par un prédateur. Ce qui explique en partie le nombre d’œufs pondus par la Grenouille rousse, généralement inférieur à celui d’une Grenouille verte (notre grenouille sur la feuille de nénuphar) qui produit jusqu’à 11 000 œufs au milieu du printemps, période où les prédateurs sont nombreux et la mortalité élevée. En somme, l’hiver garantit une certaine tranquillité !

Pourtant, les gelées n’épargnent pas certaines pontes et même les adultes peuvent mourir prisonniers des glaces… Le prix à payer pour perpétuer l’espèce.

David NEAU - Chargé de mission


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